Sénégal: L'urgence de retirer les enfants talibés de la rue

Au Sénégal, la question des enfants talibés revient avec acuité dans le débat public. Le pays fait actuellement face à une vague d’arrestations liées à des affaires de pédocriminalité, un phénomène longtemps banalisé ou traité avec silence, mais qui prend aujourd’hui une ampleur inquiétante.
Depuis le 8 février 2026, la Division des investigations criminelles (DIC) enquête sur le démantèlement d’un réseau de crime organisé à caractère transnational impliquant la France et le Sénégal. À ce jour, quatorze personnes ont été arrêtées, et les interpellations se poursuivent.
Le plus alarmant dans cette affaire est le ciblage d’enfants vulnérables, notamment des enfants talibés, souvent livrés à eux-mêmes dans les rues et exposés à toutes sortes de dangers, y compris aux prédateurs sexuels, parfois porteurs de maladies graves comme le VIH. Leur vulnérabilité structurelle en fait des proies faciles.
Qui sont les enfants talibés ?
Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres
Les enfants talibés sont généralement de jeunes garçons âgés de 4 à 12 ans, confiés à des maîtres coraniques pour recevoir une éducation religieuse. Si certains daara (écoles coraniques) assurent réellement un encadrement pédagogique et moral, la réalité est tout autre pour beaucoup d’enfants.
Dans plusieurs cas, ces derniers sont contraints à la mendicité quotidienne, sommés de rapporter une somme d’argent fixe sous peine de sanctions. Ils vivent alors dans une grande précarité, privés de protection adéquate, d’encadrement social et parfois même de soins de base.
Un débat sensible mais nécessaire
La question du retrait des enfants talibés de la rue est ancienne au Sénégal, pays majoritairement musulman où l’enseignement coranique occupe une place importante dans la société. Aborder ce sujet demeure sensible.
Certains maîtres coraniques estiment que la vie dans la rue forge la résilience et l’autonomie des enfants. Toutefois, cette justification ne saurait occulter les risques graves auxquels ces mineurs sont exposés : exploitation, violences, abus sexuels, instrumentalisation à des fins criminelles ou occultes.
Dans un État de droit, la protection de l’enfance doit primer sur toute autre considération. Les enfants constituent l’avenir et le capital humain d’un pays ; leur sécurité et leur dignité ne peuvent être négociables.
Des efforts insuffisants de l’État
En 2016, les autorités sénégalaises avaient lancé une opération de retrait des enfants de la rue. Les mineurs récupérés étaient placés dans des centres d’accueil, d’information et d’orientation pour enfants en situation difficile, communément appelés « Ginddi », gérés par l’État, le temps de retrouver leurs familles.
Malgré l’existence de ces dispositifs et d’un cadre légal, le phénomène persiste. Certains enfants, habitués à la rue ou sous l’influence de réseaux organisés, échappent aux dispositifs de protection. D’autres y retournent faute de solutions durables pour leur réinsertion familiale, scolaire ou sociale.
Vers des mesures plus fermes et durables
La situation actuelle impose une réponse plus structurée et rigoureuse. Il ne s’agit pas de stigmatiser l’enseignement religieux, mais de distinguer clairement les véritables éducateurs des exploitants et charlatans qui transforment la mendicité infantile en véritable business, profitant souvent de la pauvreté des familles.
Par conséquent, l’État sénégalais doit renforcer l’application effective des lois existantes ; sanctionner systématiquement l’exploitation des mineurs ; encadrer et moderniser les daaras ; mettre en place un suivi social durable des enfants retirés de la rue et enfin investir dans la sensibilisation des familles et des communautés religieuses.
La protection des enfants ne relève pas seulement d’une question morale ou religieuse, mais d’un impératif de santé publique, de sécurité nationale et de développement humain.
Face à la gravité des faits révélés par les récentes enquêtes, l’inaction n’est plus une option. Il en va de la crédibilité de l’État et de l’avenir de toute une génération.


