Cameroun: quelle situation pour les autres détenus après la libération d'Ondo Ndong et Belinga?

Au Cameroun, la libération ce week-end de Gérard Ondo Ndong et Roger Belinga après 20 ans de prison a suscité des scènes de liesse au sein de leurs familles. Ces deux anciens hauts responsables font partie des premiers interpellés lors du lancement de l’opération « Épervier », cette vaste campagne de lutte contre la corruption initiée par le président Paul Biya en 2006. Les deux prisonniers libérés avaient bénéficié d’une réduction de peine, une situation qui ne s’applique pas à de nombreux autres détenus, condamnés à de lourdes peines et toujours en attente de jugement pour d’autres faits présumés.
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Avec notre correspondant à Yaoundé, Richard Onanena
Contrairement aux deux libérés du week-end, d’autres figures de l’opération « Épervier » font face à des situations judiciaires plus complexes. C’est notamment le cas d’Urbain Olanguena Awono, ancien ministre de la Santé, condamné dans un premier temps en 2012 et qui a récemment comparu devant le Tribunal criminel spécial (TCS) pour d’autres chefs d’accusation. De même, d’anciens barons du régime comme Polycarpe Abah Abah, ex-ministre des Finances, ou Jean-Marie Atangana Mebara, ancien secrétaire général de la présidence, ont été condamnés à deux, voire trois reprises.
Maître Claude Assira, avocat de plusieurs détenus de l’opération Épervier, dresse un tableau nuancé de la situation. « Plusieurs sont condamnés et purgent toujours leur peine en prison, tandis que d’autres ont bénéficié de régimes particuliers, explique-t-il. Certains ont même obtenu des mesures à caractère humanitaire, leur permettant d’aller se faire soigner à l’étranger. »
Pour Stéphane Akoa, observateur de la scène politique camerounaise, la question de la restitution des biens mal acquis reste en suspens, et les récentes libérations ne doivent pas occulter cet aspect fondamental de la lutte contre la corruption. « Il y a une certaine satisfaction, mais elle reste incomplète. Voir ces anciens barons du régime purger leur peine répond à une exigence de justice. Mais il ne faut pas oublier que l’objectif affiché de l’opération Épervier était aussi de recouvrer les fonds détournés », précise-t-il.
En attendant, les familles des détenus toujours incarcérés espèrent que la libération d’Ondo Ndong et Belinga ouvre une brèche, et que d’autres suivront prochainement.
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