Nigeria: le décès d'un enfant de l'autrice Chimamanda Adichie expose la crise du monde de la santé

À Lagos, la clinique Euracare a déclaré il y a quelques semaines avoir lancé une enquête interne « approfondie » pour identifier les causes du décès brutal d’un des enfants de l’écrivaine Chimamanda Adichie. Ce drame, partagé par de nombreuses familles nigérianes, met en lumière la crise systémique traversée par le monde de la santé au Nigeria.
De notre correspondant de retour de Lagos,
Dans un communiqué, l’établissement hospitalier privé réfute toujours les allégations de négligence médicale. Pourtant, ses équipes médicales devront répondre aux questions de la commission mise sur pied par l’État de Lagos.
Efe Ose a survécu à une erreur médicale en 2008. À l’époque, cette quadragénaire est à son 7ᵉ mois de grossesse. Son médecin lui prescrit alors un médicament pourtant interdit aux femmes enceintes. 17 ans plus tard, pour Efe, la disparition brutale du fils de la romancière Chimamanda Adichie est impardonnable.
« J’ai pleuré, je n’ai pas pu lire l’article en entier, témoigne-t-elle. Non, aucune mère, aucun parent ne devrait avoir à enterrer son enfant. Oh, non. Au lieu de gérer la situation, ils l’ont mal gérée. La perte d’une vie qui ne pourra jamais être retrouvée, c’est tellement douloureux. »
Selon la famille de Chimamanda Adichie, Nkanu Nnamdi devait subir une ponction lombaire et une IRM. Le 6 janvier 2026, l’enfant de 21 mois ne s’est jamais réveillé, laissant derrière lui son frère jumeau.
Dans un centre de santé primaire de Lagos, le Dr Esther Dabiri s’adresse à une douzaine de mamans. Toutes sont accompagnées de leur nourrisson devant être vacciné. « En tant que mère, je me range du côté de Chimamanda. Je sais ce que c’est neuf mois de stress. Mais cet hôpital a fait de son mieux, opine la médecin. Je suis sûre qu’elle leur faisait confiance, c’est pourquoi elle y a emmené son enfant. Je suis sûre qu’ils ont fait de leur mieux. Les professionnels ont essayé. Des erreurs humaines se sont produites. »
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« Que pouvons-nous apprendre de cette tragédie ? »
Les avocats de l’écrivaine star ont adressé une mise en demeure à la clinique incriminée. Ils réclament notamment l’accès aux images de vidéosurveillance.
PDG d’un hôpital privé à Ikeja, Dr John Bankole comprend la vague d’émotion déclenchée par ce drame, même s’il regrette certaines réactions sur les réseaux sociaux. « La grande majorité des gens ne connaissent même pas tous les détails. Les soins de santé sont un domaine très complexe, affirme-t-il. Mais nous, les professionnels, que pouvons-nous apprendre de cette tragédie ? Comment pouvons-nous améliorer notre système et comment gérer les informations ? »
Et comme des dizaines de milliers de professionnels de santé, John Bankole s’active au quotidien pour réduire la mortalité infantile. Selon l’OMS, au Nigeria en 2022, sur 1 000 naissances, 108 enfants n’atteignaient pas l’âge de 5 ans.
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