Rugir comme une lionne d'Afrique

Direction le parc national de Nyerere, en Tanzanie, pour écouter rugir les lions et découvrir, grâce à une étude récente utilisant l’intelligence artificielle, que les lions et les lionnes d’Afrique ont différentes manières de rugir ! Et ce n’est pas du tout comme au cinéma.
Nous connaissons tous le fameux lion de la MGM et son rugissement tonitruant en ouverture des grands films hollywoodiens. Sauf que le rugissement en question, désolée de casser un mythe, est celui d’un tigre, nettement plus impressionnant que celui des lions et lionnes étudiés dans le parc national de Nyerere en Tanzanie par des bio-acousticiens britanniques et tanzaniens.
Leur étude, parue le 20 novembre dernier dans la revue Ecology and Evolution, montre, c’est une première, que les lions émettent en fait deux types bien distincts de rugissements. Le rugissement puissant, emblématique du roi de la jungle, et des rugissements intermédiaires qui n’avaient jamais été « entendus » par des oreilles humaines. Ils ont pu être révélés par l’IA, grâce au machine learning, l’apprentissage automatique des machines.
Des nuances de son complexes
Les chercheurs ont également réussi à isoler quatre types de cris différents dans chaque séquence, du rugissement au grognement jusqu’au gémissement. L’une de ces séquences, enregistrée au parc national de Nyerere, laisse entendre une lionne qui rugit. Les nuances de sons sont étonnantes, beaucoup moins puissantes qu’on ne l’imagine. On dirait presque des aboiements, mais chaque son, chaque cri, est en fait bien plus complexe qu’il n’en a l’air.
Le biologiste Jonathan Growcott de l’université d’Oxford, co-auteur de cette étude, lui-même très impliqué dans la protection des lions d’Afrique, rappelle que le rugissement constitue en fait la signature vocale d’un individu. C’est ce qui l’identifie et donc ce qui permettrait de suivre à la trace, vocale et individuelle, les populations de lions et de lionnes d’Afrique, qui sont sur le déclin, en Tanzanie comme ailleurs.
Chaque rugissement, souligne le chercheur, contient des informations sur l’individu qui les émet, c’est son moyen de communiquer avec les autres lions du groupe, pour les alerter, indiquer sa position ou, plus agressivement, pour marquer la limite de son territoire.
Reste évidemment à décrypter le sens des énigmatiques rugissements intermédiaires : grognements, aboiements ou gémissements révélés par l’IA, qui, à ce jour, ne propose pas de traduction automatique de la langue féline ! Elle ouvre toutefois la voie à un suivi personnalisé et à une meilleure compréhension de la communication et du comportement des lions et des lionnes d’Afrique.
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