À Nairobi, des ministres africains s’engagent pour une nouvelle initiative sur les forêts

Comment mieux protéger les forêts, tout en en faisant un levier de développement ? C’est la question au cœur d’une réunion de haut niveau à Nairobi, qui réunit depuis hier mardi et jusqu’à jeudi des ministres de plusieurs pays africains, notamment du bassin du Congo – RDC, Gabon, République du Congo, mais aussi Cameroun et Liberia. Au menu : le lancement d’une nouvelle initiative panafricaine, Zámba Heritage (ou « l’héritage forestier de l’Afrique » en français), avec un objectif affiché : mobiliser jusqu’à 400 millions de dollars sur dix ans pour une gestion durable des forêts.
Publié le :
3 min Temps de lecture
Réunis à Nairobi jusqu’à jeudi 12 février, des ministres et hauts responsables du Kenya, du Cameroun, du Gabon, de la République du Congo, du Liberia, de la Tanzanie, de la Zambie, du Zimbabwe et du Mozambique réfléchissent à l’avenir des forêts africaines. Au cœur des discussions : une nouvelle initiative panafricaine, Zámba Heritage, qui ambitionne de mobiliser jusqu’à 400 millions de dollars sur dix ans pour mieux gérer les forêts – et en faire un moteur de développement.
Beaucoup de forêts, peu de retombées économiques
Le constat revient comme un refrain dans les débats : l’Afrique abrite jusqu’à 16% des forêts de la planète, mais ne représente que 2 à 4% du commerce mondial des produits forestiers. Un paradoxe qui s’explique, selon les participants, par plusieurs freins bien identifiés : des infrastructures insuffisantes, des obstacles à la circulation des biens, et surtout une filière encore largement tournée vers l’exportation de bois brut, avec peu de transformation locale.
Résultat : alors que la demande en bois et en matériaux progresse avec l’urbanisation rapide du continent, de nombreux pays africains continuent d’importer des produits transformés… à partir de leurs propres ressources.
Zámba Heritage : changer de logique
C’est pour répondre à ce décalage que l’initiative Zámba Heritage, portée par des États africains avec l’appui du Forest Stewardship Council, a été lancée à Nairobi. L’ambition affichée est claire : ne plus penser la forêt uniquement comme un espace à protéger, mais aussi comme un secteur économique à structurer, de manière encadrée et durable.
Concrètement, Zámba vise à soutenir la gestion durable, la restauration, mais aussi la transformation locale, la traçabilité et l’accès aux marchés. L’objectif est double : mieux protéger les forêts, tout en créant des activités et des emplois, notamment pour les populations qui vivent à leur proximité.
En quoi Zámba diffère d’AFR100
La comparaison avec AFR100 est souvent revenue dans les échanges. Lancée en 2015, cette initiative panafricaine se concentre sur un objectif précis : restaurer 100 millions d’hectares de terres dégradées d’ici 2030. Reboisement, régénération des paysages, agroforesterie : AFR100 s’inscrit avant tout dans une logique de restauration écologique.
Zámba Heritage, elle, pousse le raisonnement plus loin. Il ne s’agit pas seulement de restaurer, mais aussi de faire émerger une véritable économie forestière : transformer davantage sur place, mieux valoriser les produits, renforcer le commerce entre pays africains, et rendre la filière plus attractive pour les investisseurs – tout en respectant des règles strictes.
Les deux approches sont complémentaires, mais la promesse de Zámba est de s’attaquer frontalement à la question de la valeur ajoutée.
Le Cameroun, à « un tournant décisif »
Dans le bassin du Congo, plusieurs pays insistent sur la nécessité de renforcer la gouvernance et la traçabilité. Le Cameroun, par exemple, dit se trouver à un moment charnière. Son directeur des forêts, Jean-Daniel Mendomo Biang, évoque un « tournant décisif » : concilier développement industriel et engagements climatiques, attirer des investissements dans les plantations, tout en luttant contre l’exploitation illégale.
Autre levier mis en avant : la certification, présentée comme un outil de traçabilité mais aussi comme un sésame pour accéder aux marchés les plus exigeants, notamment en Europe et en Amérique du Nord.
Des engagements à concrétiser
Reste la question centrale : comment ces ambitions se traduiront-elles sur le terrain ? Une déclaration finale doit être signée jeudi, à l’issue de la réunion. Elle devra dire si cette volonté de bâtir une économie forestière africaine peut passer du discours aux actes.



