Afrique: Le CEOI mise sur un plan pour inverser la tendance

Les échanges commerciaux entre les îles du sud-ouest de l’océan Indien restent faibles, malgré un potentiel économique régional largement sous-exploité. Aujourd’hui, les opérations régionales ne représentent que 4 à 6 % des échanges extérieurs, aussi bien à l’importation qu’à l’exportation.
Une situation préoccupante que le Carrefour des entrepreneurs de l’océan Indien (CEOI), une association regroupant plus de 1000 membres de Maurice, Madagascar, La Réunion, Mayotte, l’Union des Comores et Les Seychelles entend faire évoluer à travers un Plan régional de développement de la coopération privée sur cinq ans.
Pour le président du CEOI, Xavier Desplanques, ce plan est le fruit de plus de 25 ans de rapprochement entre cadres et chefs d’entreprise de la région. «Cela fait un quart de siècle que nous travaillons à construire des partenariats entre les six îles du sud-ouest de l’océan Indien. Pourtant, le niveau des échanges reste très faible et c’est un véritable problème», souligne-t-il.
Selon lui, il est paradoxal de continuer à chercher des marchés en Europe ou en Asie alors que les économies régionales disposent de fortes complémentarités et de débouchés naturels.
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Le CEOI affirme avoir déjà accompagné de nombreuses entreprises dans leurs démarches vers les marchés voisins. À l’occasion de son 25e anniversaire, célébré à la fin de l’année dernière, l’association a décidé d’aller plus loin en formulant des propositions concrètes pour renforcer durablement les relations économiques régionales.
Les grandes lignes de ce plan 2025-2030 ont été présentées lors d’un apéritif-rencontres régional le 28 janvier à la villa ACENSI à Moka, en présence d’une cinquantaine de cadres et de chefs d’entreprise.
Le développement du commerce régional se heurte à de nombreux obstacles. Les chefs d’entreprise évoquent notamment les barrières tarifaires et non tarifaires, la diversité des législations d’un pays à l’autre, et les difficultés liées à la connectivité maritime et aérienne. «Il est souvent compliqué d’importer ou d’exporter des marchandises entre les îles, faute de liaisons directes et de procédures harmonisées», explique Xavier Desplanques.
«La connectivité maritime est loin d’être parfaite. Il y a très peu de cabotage inter-îles et peu de navires de petite ou moyenne capacité capables de soutenir les premières opérations d’importation et d’exportation», ajoute-t-il. Il estime que les grandes lignes maritimes existantes ne disposent pas toujours de volumes suffisants pour assurer des dessertes régulières à des coûts abordables entre les îles de la région.
Face aux compagnies maritimes et aériennes qui demandent des garanties en termes de volume, le CEOI mise sur une approche progressive. L’objectif est de travailler d’abord avec les opérateurs locaux, tant dans le maritime que l’aérien, afin de mettre en place des lignes de cabotage et de fret adaptées aux besoins régionaux. À mesure que les volumes augmenteront, ces flux devraient progressivement susciter l’intérêt des grandes compagnies internationales, indique-t-il.
Concernant l’aspect du transport, le projet s’appuie donc sur les capacités existantes, avec des navires et des avions de capacité moyenne. Cette montée en puissance graduelle permettra, à terme, de justifier de nouveaux investissements, tant au niveau des flottes que des infrastructures portuaires et aéroportuaires.
Xavier Desplanques insiste toutefois sur un point clé : la région n’a pas besoin d’une concurrence entre ports et aéroports se positionnant chacun comme hub unique. «Il faut du trafic pour tout le monde», souligne-t-il, appelant à une coopération pragmatique fondée sur l’existant afin de développer durablement le commerce intrarégional.
À ces défis liés au transport s’ajoutent les contraintes à la libre circulation des opérateurs économiques, notamment l’obtention de visas et d’autorisations de séjour. Le président du CEOI met également en garde contre certains grands accords régionaux.
Selon lui, ces dispositifs peuvent, s’ils sont mal encadrés, fragiliser les entreprises locales en exposant les marchés à des produits importés à bas prix ou issus de pays disposant de capacités de production très élevées.
Une approche sur cinq ans
Face à ces constats, le CEOI propose une approche progressive sur cinq ans. La première phase vise à réunir l’ensemble des opérateurs privés de la région au sein d’un comité de suivi chargé d’identifier les freins existants et de proposer des solutions concrètes.
«Nous avons déjà organisé des séminaires par le passé, mais il est temps d’aller plus loin. Ce comité doit devenir un véritable interlocuteur des décideurs politiques, des institutions et des bailleurs de fonds», insiste Xavier Desplanques. La deuxième étape prévoit la création d’«un observatoire des flux économiques régionaux». L’objectif est de disposer de données fiables et harmonisées sur les importations et exportations entre les différentes îles, un exercice rendu complexe par la diversité des systèmes en place.
La troisième phase ambitionne la mise en place d’une zone économique préférentielle dans le sud-ouest de l’océan Indien. «Nous n’allons pas pouvoir lever tous les obstacles, mais nous visons à en supprimer un certain nombre afin de faciliter les échanges à l’importation et à l’exportation, ainsi que les partenariats entre les entreprises de ces îles.» Pour le CEOI, il s’agit là d’une étape clé pour transformer le potentiel régional en opportunités économiques concrètes.




