Ile Maurice: Le «Financial Stability Report» chiffre l'endettement des ménages à plus de Rs 281 milliards

Le constat du Financial Stability Report de décembre 2025 de la Banque de Maurice (BoM) ne souffre d’aucune ambiguïté : l’endettement des ménages mauriciens suit une trajectoire de plus en plus tendue. Sans relever encore d’un risque systémique immédiat, les indicateurs avancés pointent vers une fragilisation progressive de la situation financière des ménages, dans un contexte de resserrement budgétaire, de taux d’intérêt plus élevés et de prix immobiliers toujours sous tension.
À fin juin 2025, l’endettement des ménages avait atteint 39,2 % du PIB, contre des niveaux nettement inférieurs quelques années auparavant. Rapportée au revenu, la dette des ménages s’élève désormais à 109,5 %, un seuil symbolique qui traduit un recours croissant au crédit pour soutenir la consommation et l’investissement résidentiel. En valeur absolue, la dette totale des ménages est estimée à Rs 281,1 milliards. La Banque centrale note que l’accélération observée au deuxième trimestre de 2025 est en partie liée à un comportement anticipatif : des ménages auraient front-loaded leurs emprunts avant l’entrée en vigueur de mesures fiscales moins favorables.
Cette montée de l’endettement commence à se refléter dans les capacités de service de la dette. Sous l’effet conjugué de volumes d’emprunts plus élevés et de la hausse de 50 points de base du taux directeur en février 2025, le coût du service de la dette des ménages a augmenté. En juin 2025, il représente 17,9 % du revenu et 6,4 % du PIB. Certes, la BoM souligne que ces niveaux restent globalement alignés sur ceux observés avant la phase de détente monétaire de 2024. Mais le signal est clair : une part croissante du revenu des ménages est désormais absorbée par le remboursement des crédits, au détriment de la consommation et de l’épargne.
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Un autre élément clé du diagnostic concerne le comportement financier des ménages face au risque de change. Les dépôts en devises détenus par les ménages ont continué de croître rapidement au premier semestre 2025, atteignant USD 1,9 milliard, soit 15,4 % des dépôts totaux, contre 9,5 % en 2019. Avec un taux de croissance annuel moyen de 20,9 %, les dépôts en devises progressent bien plus vite que les dépôts en roupies.
Cette tendance reflète une volonté de préserver la valeur du patrimoine et de se couvrir contre un risque perçu de dépréciation de la monnaie, même si, dans les faits, la roupie ,selon le rapport n’a pas connu une dépréciation continue face au dollar américain. Fait notable, la hausse des dépôts en devises dépasse largement les achats de devises sur le marché domestique, suggérant des rapatriements ou des réallocations d’actifs détenus à l’étranger.
Au final, la BoM estime que l’effet combiné d’un endettement plus élevé couplé aux coûts de financement en hausse et de prix immobiliers qui progressent plus vite que les revenus pose un problème d’accessibilité et de soutenabilité, en particulier pour les ménages à faibles revenus et fortement endettés. Dans un scénario de croissance modérée et de consolidation budgétaire, la marge de manoeuvre financière des ménages pourrait de ce fait se réduire davantage.
Le message du Financial Stability Report est donc nuancé mais ferme : Maurice n’est pas confrontée à une crise imminente de l’endettement des ménages, mais les déséquilibres s’accumulent lentement. Ignorer ces signaux reviendrait à sous-estimer les risques sociaux et macro-financiers qui pourraient émerger si les revenus ne suivent pas, ou si un choc de taux ou d’activité venait tester la résilience des ménages.




