Les États-Unis réactivent pour un an l'Agoa, l'accord économique sur les exportations africaines

Le Sénat des États-Unis a voté mardi 3 février 2026 une réactivation de l’Agoa pour une année. Cette mesure a été promulguée dans la foulée par le président américain Donald Trump. L’Agoa permet à de très nombreux produits africains d’accéder au marché américain sans droits de douane. Ce vote est une bonne nouvelle pour les exportateurs africains, mais la fenêtre d’une année est très courte pour eux. En attendant, sans aucun doute, une réforme structurelle de l’Agoa dans les douze mois qui viennent pour répondre aux exigences de Donald Trump.
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L’African growth and opportunity act (Agoa) n’avait pas été reconduit au moment de son expiration à l’automne dernier, quand les États-Unis étaient en pleine paralysie budgétaire, indique notre correspondant à Washington, Vincent Souriau. Cet accord concerne plusieurs filières sur le continent africain comme la vanille à Madagascar, de l’automobile en Afrique du sud, ou encore le textile au Kenya ou au Lesotho.
Il s’agit d’une réactivation de l’Agoa pour une année parce qu’il n’y avait pas de consensus sur une réforme profonde. Les élus du Sénat américain ont préféré la solution d’urgence, qui maintient l’Agoa avec effet rétroactif au 30 septembre 2025.
Jamieson Greer, le représentant au commerce de la Maison Blanche entend « moderniser » ce programme et l’aligner sur la politique commerciale America first de Donald Trump.
Les élus américains divisés
À ce stade, les élus sont divisés, y compris au sein du camp républicain, entre partisans d’un Agoa de longue durée vue comme un outil de développement, censé forger des relations commerciales à long terme, et les promoteurs comme le sénateur John Kennedy, d’un accord de court terme, pensé comme un instrument de lutte contre l’influence chinoise et assorti de conditions politiques strictes.
Le débat n’est pas tranché, mais aux États-Unis, le diagnostic est unanime : le monde a changé depuis l’entrée en vigueur de l’Agoa en l’an 2000, et une réforme, plus d’exportations vers l’Afrique, plus d’implications des PME américaines, permettrait de renforcer les retombées économiques pour les États-Unis.
Depuis plusieurs mois, les débats sur la reconduction de l’Agoa ont été utilisés par la Maison Blanche pour faire pression sur les pays africains. Le ministre ghanéen des Affaires étrangères avait ainsi révélé que Donald Trump conditionnait sa prolongation à l’accueil par son pays de personnes expulsées des États-Unis.
« Bouffée d’oxygène pour les entreprises exportatrices »
Cette réactivation de l’Agoa est « de nature à donner une bouffée d’oxygène pour les entreprises exportatrices qui ont déjà leurs débouchés prévus vers les États-Unis, analyse Julien Marcilly, chef économiste au cabinet de conseil Global Sovereign Advisory. En revanche, je ne pense pas que ce soit de nature à générer des investissements supplémentaires d’entreprise en Afrique pour exporter vers les États-Unis. Ces investissements ne sont permis que si l’environnement de commerce favorable est garanti sur le long terme. Ce qui n’est pas le cas. »
L’Agoa a été prolongé d’une année sous conditions. Les États-Unis exigent en contrepartie un meilleur accès aux marchés africains notamment pour ses éleveurs et agriculteurs. Ce qui devrait encourager les efforts de diversification des partenariats économiques des États du continent. « Depuis une vingtaine d’années, malgré l’Agoa, beaucoup de pays africains exportent moins vers les États-Unis, à quelques exceptions près. Il est probable que cette tendance à la diversification des débouchés continue », poursuit l’analyste.
L’Agoa a beaucoup profité aux filières agricoles. « L’Asie a des besoins de plus en plus grands en la matière. Donc on peut penser par exemple que dans tout ce qui concerne certaines enfin des filières agricoles, l’Asie peut être peut être privilégiée. » Le développement de débouchés régionaux devrait aussi être une opportunité.
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