En Côte d'Ivoire, la plus célèbre friperie d'Abidjan démolie au nom de «l'ordre urbain»

C’était l’une des plus célèbres friperies de Côte d’Ivoire. Le « marché du mercredi » de Treichville a été démoli la semaine dernière, sur décision du district autonome d’Abidjan. Un « déguerpissement » qui s’est en partie déroulé de nuit et qui suscite depuis beaucoup de réactions sur les réseaux sociaux en raison de la popularité de cette institution abidjanaise. Les petits commerçants dépités assurent ne pas avoir été informés de cette opération.

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Avec notre correspondant à Abidjan, Benoît Almeras

Verre cassé, gravats et tas de ferraille, c’est tout ce qu’il reste « marché du mercredi » de Treichville, à Abidjan. Pendant que quelques ouvriers extraient des barres d’armature des blocs de béton détruits. Des gamines fouillent les décombres. « Nous cherchons des habits ! Des vêtements que l’on va laver pour les porter ou pour les revendre », disent-elles. 

Il n’y a pas de quoi rire pour Akissi, qui a tenté de récupérer sa marchandise dans la nuit du lundi 26 au mardi 27 janvier, alors que la démolition commençait. Cette vendeuse l’affirme : 20 ans de travail sont partis en poussière. « C’est des millions et des millions [de francs CFA], nos bagages ont été volés, moi je n’ai pas pu sauver toute ma marchandise. Le peu qu’on a pu sauver, c’est à la maison. » Où va-t-elle travailler maintenant ? « On n’a pas de coin pour travailler, on vient, on s’asseoit là, c’est comme si on venait aux funérailles, on vient s’asseoir pour pleurer. »

Des dizaines de commerçants dans le marché

Plusieurs dizaines de commerçants, surtout des femmes, travaillaient dans le « marché du mercredi » – l’endroit, très fréquenté en milieu de semaine et le samedi, était une institution du « cassé balle », expression qui désigne la friperie en Côte d’Ivoire, où l’on ouvre des ballots de vêtements.

Les familles abidjanaises venaient y acheter de quoi s’habiller et des jouets à moindre coût. Parmi les fripières désœuvrées, assises à quelques mètres de leurs anciennes boutiques détruites, Clarisse espère une aide pour compenser la perte de son activité : « Mon mari, il ne travaille pas, il n’a pas un bon travail actuellement. Là où nous vivons, les maisons c’est 200 000 à 300 000 [francs CFA par mois – soit 300 à 450 euros ndlr]. On fait comment ? Donc ,nous “on nous demande pardon”, mais on veut que le maire du district [le ministre-gouverneur du district d’Abidjan, Ibrahim Bacongo Cissé, ndlr] nous appelle pour qu’on puisse discuter avec lui et qu’on trouve un terrain d’entente. »

Pour le directeur de la communication du district autonome d’Abidjan, les commerçants délogés étaient au courant de la démolition, qui rentre dans le cadre de la politique locale de « restauration de l’ordre urbain ». D’après lui, ces travaux doivent permettre de réaménager et améliorer la salubrité de cette zone commerciale relativement centrale, grande comme trois terrains de foot et proche du boulevard Félix Houphouët-Boigny, la principale artère de la ville. Le « marché du mercredi » avait déjà été partiellement évacué en 2017, avant les Jeux de la Francophonie.

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