Ile Maurice: Police Fighters Union – Policiers fatigués, sécurité moins efficace

Après les graves incidents de Palmar, le Sub Inspector Satish Buljeeon (photo) de la Police Fighters Union (PFU) plaide pour qu’une équipe de la Special Support Unit (SSU) ou de la Special Mobile Force (SMF) soit prête à intervenir dans chaque division.
Les événements survenus, le dimanche 25 janvier, sur la plage publique de Palmar, dans l’Est du pays, dépassent le simple cadre d’un incident isolé. Ils révèlent un malaise profond au sein de la force policière, confrontée à une pression opérationnelle croissante, à un manque chronique d’effectifs et à une démotivation alimentée par des conditions de travail jugées de plus en plus intenables.
Cauchemar à Palmar
Pour rappel, ce jour-là, une intervention policière visant à mettre fin aux nuisances sonores provoquées par des fêtards sur la plage publique de Palmar a dégénéré. Les policiers ont été confrontés à une foule hostile, sous l’emprise de l’alcool, refusant d’obtempérer et multipliant insultes et provocations. La situation est rapidement devenue incontrôlable, faisant reculer les forces de l’ordre afin d’éviter une escalade.
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Sept suspects ont été arrêtés le lendemain, lundi 26 janvier, tandis qu’un huitième, Ittish Jowrah, 20 ans, de Poste-de-Flacq, a été relâché. Tous font l’objet d’une enquête pour rébellion. Les personnes concernées sont : Varun Treebhowon, 38 ans, habitant de Petit-Raffray, Sanil Ganga, 36 ans, de Roche-Terre, Jean-Désiré Laval Thomas, 34 ans, vivant à Palmar, Gunesh Treebhowon, 29 ans, lui aussi de Petit-Raffray, Akshaye Keerpah, 25 ans, vivant à Belvédère, Tissan Kumar Goongur, 23 ans, de Camp-de-Masque Pavé et Rajiv Gadadhar, 22 ans, de Poste-de-Flacq.
Les sept personnes arrêtées ont passé la nuit au poste avant d’être présentées devant le tribunal de Flacq, pour répondre à une accusation provisoire de rébellion. L’enquête se poursuit afin de déterminer le degré d’implication de chacun et les circonstances exactes ayant mené à cette confrontation directe avec les forces de l’ordre.
La Police Fighters Union (PFU) tire, une nouvelle fois, la sonnette d’alarme. Lors d’une conférence de presse tenue mercredi, son président, le sergent Ajeet Fokeer, Public relations officer de la PFU, a dressé un constat accablant. Selon lui, la motivation des policiers est mise à rude épreuve, au point de peser directement sur leur capacité à assurer efficacement la sécurité du pays.
Fatigue et découragement
Parmi les principales revendications figurent le manque d’effectifs, les heures supplémentaires non rémunérées, parfois accumulées sur plusieurs mois, voire des années. À cela s’ajoutent des allocations non versées, des retards de paiement, ainsi que des problèmes persistants liés aux bank schemes, qui plongent certains policiers dans des situations financières délicates.
Le sergent Fokeer rappelle qu’il avait déjà déposé une plainte officielle en mai 2023, dénonçant ces dérives. Il évoque des policiers contraints de travailler de longues heures sans compensation, sans transport adéquat, parfois dans de mauvaises conditions climatiques, tout en faisant face à une hostilité croissante sur le terrain. «Ena dimounn krwar nou exazere me boukou polisie pe travay san rekonesans», affirme-t-il.
Ce climat de fatigue et de découragement a un impact direct sur le recrutement. Selon la PFU, de nombreux jeunes hésitent désormais à intégrer la force policière. Certains emplois dans le secteur privé de la sécurité offrent des salaires avoisinant Rs 35 000, avec des horaires plus stables et attirent davantage les jeunes. Résultat : la police peine à attirer de nouvelles recrues, alors que la charge de travail ne cesse d’augmenter, notamment les week-ends, jours fériés et fins de mois. «Azordi, bokou zenn krwar li pli rantab travay lot plas ki rant dans lapolis», déplore le PRO de la PFU, qui rassure néanmoins : les policiers veulent continuer à protéger le pays et les citoyens mais réclament de la reconnaissance, du respect et des moyens adaptés.
L’incident de Palmar relance un débat plus large sur la gestion des loisirs et de l’ordre public. Si l’agression de policiers dans l’exercice de leurs fonctions est unanimement condamnée, le président de la PFU estime qu’il faut aussi s’interroger sur l’absence d’espaces adaptés pour certaines activités prisées par les jeunes : «Musique forte, rassemblements festifs, sports mécaniques – moto, quad, drifting – attirent une large frange de la jeunesse. Faute de zones spécifiques pour ces activités, celles-ci sont déplacées vers des lieux publics inadaptés, générant conflits, infractions et interventions policières à haut risque.»
Il ajoute qu’il faut aménager des zones réglementées sur certaines plages ou des infrastructures spécifiques, permettant d’assurer ces loisirs dans un cadre légal, sécurisé et encadré.
Crowd control
Sur le plan opérationnel, le Sub-Inspector Satish Buljeeon suggère des solutions concrètes. Il plaide pour la mise en place, dans chaque division du pays – Nord, Sud, Est, Ouest et Centre – d’équipes d’intervention permanentes, composées de cinq à six policiers de la Special Support Unit (SSU) ou de la Special Mobile Force (SMF), avec transport et équipements appropriés. «L’objectif est d’éviter des déplacements d’urgence depuis Vacoas ou Port-Louis et garantir une réponse rapide sur place, notamment lors des week-ends et jours fériés.»
Il insiste également sur l’importance du Crowd control, devenu un pilier essentiel du policing moderne. Cette action ne doit plus se limiter aux manifestations mais être intégrée dans la gestion des plages publiques, fêtes populaires et grands rassemblements, surtout dans des contextes marqués par la consommation d’alcool et de foules hostiles.
Les policiers recrutés au cours des trois dernières années, souligne-t-il, ont le potentiel physique nécessaire pour gérer des situations de chaos, à condition de bénéficier d’une formation continue et d’un équipement adéquat : casques, boucliers et bâtons. Au-delà de Palmar, le message est clair : une police épuisée, démotivée et sous-équipée fragilise la sécurité nationale. L’alerte est désormais donnée. Reste à savoir si elle sera entendue avant que d’autres incidents ne viennent rappeler, une fois encore, l’urgence d’agir.




