Ghana: les violences intercommunautaires de Bawku, élément de fragilité face à la menace terroriste [3/3]

Souvent présenté comme un havre de paix par rapport à ses voisins, le Ghana n’est pas, pour autant, complètement imperméable à la menace terroriste. En cause, des frontières poreuses avec, notamment, son voisin burkinabè, un développement économique plus faible que dans les régions du sud mais également des conflits internes qui fragilisent les communautés frontalières. C’est particulièrement le cas à Bawku, l’une des plus grandes villes du Haut Ghana oriental, en proie à des affrontements interethniques meurtriers depuis 70 ans. Des combats qui ont provoqué de nombreux déplacés internes dans une région déjà sous tension.
De notre envoyé spécial de retour de Bolgatanga,
Au milieu d’un terrain vague de Bolgatanga, une dizaine de camions, chargés de marchandises, sont à l’arrêt. En cause, l’absence d’escorte militaire pour les accompagner sur les 80 km de route qui les séparent de la ville de Bawku. « On dort dans nos camions, ceux que vous voyez derrière nous, se désespère Karim Muni, chauffeur originaire de Bawku. Cela fait presque trois semaines que nous sommes là, on a tout chargé et maintenant, nous attendons une escorte, parce qu’on ne peut pas conduire seuls. »
À la source de cette insécurité, un conflit de chefferie meurtrier opposant deux ethnies, les Kusasi et les Mamprusi, avec des affrontements sporadiques depuis 70 ans. La situation se dégrade depuis 2021, après un regain d’intensité des combats. Les attaques se déroulent dans et aux abords de Bawku, ainsi que sur les routes qui mènent à la ville. « Ma fille de 4 ans a failli perdre la vie, témoigne Chafao Imuri, commerçante originaire de Bawku. Elle était dans un bus en direction de Bawku quand des assaillants ont attaqué le bus, juste après un poste de police. »
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« C’est une guerre économique »
Cette situation sécuritaire, en plus de menacer sa vie et celle de sa famille, a plongé Chafao Imuri dans une grande précarité. « C’est une guerre économique. Dès qu’on achète une marchandise, une ethnie va penser qu’on va la vendre à leurs adversaires, explique-t-elle. Si on essaie de livrer nos produits, on nous les confisque puis les brûle, et on se fait ensuite harceler. Il n’y a pas de liberté de mouvement, ni même de liberté d’expression, on ne peut rien dire. »
En 2023, Chafao Imuri décide de fuir les combats et s’installe à Bolgatanga avec son mari et ses deux enfants. « Le coût de la vie ici est un problème pour nous, poursuit la commerçante. Il y a aussi les propriétaires de logements qui, dès qu’ils apprennent que nous venons de Bawku, refusent de nous louer quoi que ce soit. On nous harcèle tous les jours, ici, à Bolgatanga. À chaque fois, on nous dit : « Rentrez là d’où vous venez ! » »
En décembre 2025, la présidence ghanéenne annonce une entente entre Kusasi et Mamprusi, obtenue après une médiation menée par le roi Ashanti. Un premier pas vers la paix, cependant remis en cause quelques semaines plus tard par la reprise des affrontements entre les deux ethnies.
Retrouvez les deux premiers épisodes de notre série :



