Port de Berbera: convoitises autour du «balcon sur le Bab el-Mandeb»

Mi-janvier, la Somalie, en conflit diplomatique avec les Émirats arabes unis, a annoncé annuler tous les accords avec Abou Dhabi. Parmi eux, Mogadiscio vise notamment le contrat d’exploitation du port de Berbera, opéré par DP World au Somaliland. Hargeisa et l’opérateur émirien ont réfuté la compétence de Mogadiscio sur ce port. Un port au cœur d’enjeux croisés.
Cette sortie de Mogadiscio est la dernière en date d’une longue série. En 2024 déjà, un accord avec l’Éthiopie devant lui permettre un accès à la mer suscitait une levée de boucliers de la part de la Somalie.
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Pour Yann Alix, spécialiste des infrastructures portuaires africaines, ces frictions révèlent l’enjeu stratégique du port de Berbera : « Aujourd’hui, dans la lecture géopolitique que l’on peut faire sur l’exploitation des trafics de conteneurs dans la Corne d’or, c’est cette mise en avant, évidemment, de l’importance géostratégique et géoéconomique des terminaux à conteneurs dans le fonctionnement socio-économique des nations et de toute la Corne d’or. » Le gérant de la fondation Sefacil rappelle : « On l’avait déjà vu avec Djibouti et le litige qu’ils avaient avec DP World. Et donc effectivement, ce sont des assets stratégiques qui sont de plus en plus exposés, finalement, à la turbulence géopolitique du monde que l’on vit aujourd’hui. »
Berbera suscite l’intérêt du fait notamment de sa position géographique, aux portes du canal de Suez. « Berbera est comme un balcon sur un énorme corridor maritime, ce balcon sur le Bab el-Mandeb est incontournable », décrit Ali Hojeij, avocat d’affaires, spécialiste des infrastructures portuaires en Afrique. Berbera, en chiffres, c’est aujourd’hui « à peu près 1 050 mètres de quais, dont un nouveau quai conteneur de 400 mètres, un tirant d’eau de 17 mètres, et une capacité annuelle moyenne d’EVP, donc pour les conteneurs, on est aujourd’hui à 500 000 en moyenne ».
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DP World s’est engagé à investir 440 millions de dollars
Depuis sa prise opérationnelle en 2017, DP World revendique avoir fait progresser le volume de cargo de 35 %. Le Somaliland importe l’essentiel de sa consommation par Berbera : principalement des produits alimentaires, des produits pétroliers, des matériaux de construction et tous types de machines et d’équipements. Un accès vital pour son approvisionnement, mais également stratégique pour l’entrée des devises.
Spécificité : Berbera s’est imposé dans la région sur le segment de l’exportation de bétail sur pied, c’est-à-dire moutons, chèvres et vaches, mais aussi chameaux. « Il a une capacité de bétail qui est aujourd’hui d’environ 4 millions de têtes par an pour les terminaux spécialisés. Et si on observe au-delà de la question bétail, qui, en effet, est essentielle non seulement pour le Somaliland, mais aussi pour l’hinterland de l’Éthiopie, on voit de manière plus globale en termes de performance que les ports de Berbera et de Djibouti, bien sûr, qui est plus grand que celui de Berbera, sont quand même devant Mombasa », souligne Ali Hojeij.
En 2024, l’exportation a rapporté plus d’un demi-milliard de dollars au Somaliland, en augmentation de 20 % sur un an. Pour tenir le rythme, à terme, DP World s’est engagé à investir 440 millions de dollars dans les infrastructures portuaires de Berbera.
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