Ghana: les violences intercommunautaires de Bawku, élément de fragilité face à la menace terroriste [2/3]

Souvent présenté comme un havre de paix par rapport à ses voisins, le Ghana n’est pas pour autant complètement imperméable à la menace terroriste. En cause, des frontières poreuses avec, notamment, son voisin burkinabè, mais également des conflits internes et un développement économique plus faible que dans les régions du sud qui fragilisent les communautés frontalières. À la frontière avec le Burkina Faso, dans certaines de ces communautés, les membres oscillent entre crainte d’incursions jihadistes et vigilance.

De notre envoyé spécial de retour de Wuru et de Paga,

À l’ombre d’un abri fait de feuillages et de bois, un groupe d’hommes discute.  Au milieu de la petite assemblée siège Mahamadou Were Defo. « Je suis le chef de Wuru, l’une des dernières communautés avant le Burkina Faso. »

Une faible présence des autorités face à la possible implantation de djihadistes

Forte de plus de 4 600 habitants, la communauté de Wuru vit essentiellement de l’agriculture. Une activité mise à mal, notamment, par la crainte d’être pris à partie par des combattants djihadistes opérant au Burkina Faso.

« Nous sommes entourés de forêts. Ce que l’on a entendu, c’est que les jihadistes se cachent dans ces forêts. Donc, nous avons peur », explique le chef de Wuru.

Mahamadou Were Defo déplore la faible présence des autorités. Selon lui, les patrouilles de police ne viennent à Wuru qu’une fois par semaine le dimanche, notamment à cause de la difficulté d’accès à la communauté.

« On voit souvent des personnes que l’on ne connaît pas traverser la frontière, c’est inquiétant. Notre communauté est très dispersée. Quand nous sommes dans nos fermes, nous sommes toujours en état d’alerte. On ne peut donc pas envoyer nos enfants ou nos femmes à la ferme tout seuls. »

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Des formations destinées à renforcer la vigilance au sein de la communauté

À 50 km à vol d’oiseau à l’est de Wuru se trouve la ville de Paga, l’un des principaux postes frontières entre le Ghana et le Burkina Faso. C’est là-bas que Wenome Aburah préside l’un des plus importants groupes de jeunesse du secteur. « La vie ici, c’est beaucoup d’opportunités, notamment tout ce qui est commerce transfrontalier. Mais c’est aussi de nombreuses menaces, dues aux insécurités de l’autre côté de la frontière. »

Pour lui, la protection contre d’éventuelles incursions jihadistes à travers une frontière poreuse vient d’abord de la collaboration entre les citoyens et les autorités.

« Nous essayons le plus possible d’identifier n’importe quel individu qui est perçu comme une menace, afin de pouvoir en alerter les autorités immédiatement. Cette vigilance ne s’est pas développée en un jour, il a fallu beaucoup de formations auprès des communautés frontalières », précise Wenome Aburah.

Une logique portée notamment au Ghana par le programme « See something say something » – ce qui signifie en français « Si vous voyez quelque chose, dites quelque chose ». Une campagne nationale lancée en 2022 par le gouvernement pour pousser les communautés à signaler volontairement les personnes suspectées d’extrémisme violent.

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