«Labanko»: le concert inédit de Victor Démé dix ans après sa disparition

Certains lives prennent, avec le temps, une valeur particulière. Non parce qu’ils sont spectaculaires, mais parce qu’ils révèlent un artiste dans sa forme la plus juste. Ce concert de feu Victor Démé, intitulé Labanko et enregistré en 2009, en garde la trace. Celle d’une voix capable de rassembler sans jamais forcer.
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Né à Bobo-Dioulasso, deux ans après l’indépendance de la Haute-Volta, aujourd’hui Burkina Faso, Victor Démé a longtemps chanté loin des projecteurs. Sa musique, d’une simplicité trompeuse, racontait d’une voix familière, presque fraternelle, la vie telle qu’elle est : le travail, l’amour, la famille — celle du sang et celle du cœur.
Le succès arrive tard, presque par surprise. Après de longues années à créer des chansons pour son public — parfois contre la volonté de certains membres de sa famille qui comprenaient mal sa condition d’artiste — mais toujours convaincu d’une chose : la musique aide à vivre.
Victor Démé meurt à 53 ans, le 21 septembre 2015, à Bobo-Dioulasso, en pleine tentative de coup d’État. L’hôpital où il se rend pour soigner une crise de paludisme est fermé. Son troisième album devait paraître quelques jours plus tard. Il n’aura pas le temps de le défendre sur scène.
Dix ans après sa disparition, son label Chapa Blues lui rend hommage avec la sortie de Yeleen Kura (« nouvelle lumière » en dioula), un EP de cinq morceaux inédits, et d’un album live enregistré en 2009 au Théâtre de la Ville de Rouen.
Un concert qui dit tout de Victor Démé : sa chaleur, son humour, sa générosité. Sur scène, il chantait comme il parlait : sans posture. Il ouvre le set avec « Labanko », titre jamais enregistré en studio, avant d’enchaîner plusieurs classiques, dont l’incontournable « Djon Maya », dans une version plus blues que jamais, portée par la guitare de son fidèle compagnon de route, Issouf Diabaté.
Chantée en dioula, « Djon Maya » est une leçon de respect et d’humilité qui a résonné avec le destin de son auteur : elle rappelle que celui qu’on méprise aujourd’hui peut être celui qui nous aidera demain, et que tout ne se fait pas avec l’argent.
Certaines voix ne disparaissent pas. Elles continuent de vivre là où elles ont toujours été à leur place : au milieu des autres.
Victor Démé Labanko (Chapa Blues) 2025
A écouter aussi dès mercredi 28 janvier : Notre incroyable histoire avec Victor Démé, un podcast original réalisé par David Commeillas. À travers archives inédites et souvenirs intimes, cette série en cinq épisodes raconte une histoire de musique et d’amitié, et retrace les dix dernières années de vie d’un artiste qui a profondément marqué tous ceux qui ont croisé sa route.
L’histoire d’un live est à retrouver dans BPM – Bonnes Pulsations du Monde le vendredi à 15h10 TU et le dimanche à 14h10 TU sur RFI.



