Affaire Martinez Zogo au Cameroun: trois ans après, où en est la procédure judiciaire?

Au Cameroun, les 17 et 22 janvier marquent respectivement la disparition puis la découverte du corps mutilé de l’animateur radio Martinez Zogo. Sur les antennes de la radio Amplitude FM, il animait une émission quotidienne dans laquelle il vitupérait contre les maux de la société camerounaise, dénonçant les turpitudes des puissants, à l’exception du président Paul Biya, qu’il encensait. Trois ans après sa mort, alors que le procès est encore en cours, sa famille et ses collègues ne peuvent toujours pas faire leur deuil, le corps étant toujours sous séquestre.
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Le dimanche 22 janvier 2023, le Cameroun découvrait avec effroi les images du corps nu et supplicié d’Arsène Salomon Mbani Zogo, dit Martinez Zogo , retrouvé dans un terrain vague en périphérie de Yaoundé. Âgé de 51 ans et père de famille, l’animateur de l’émission quotidienne Embouteillages avait disparu cinq jours plus tôt, le 17 janvier.
Dans une église du quartier d’Etoudi, assise au premier rang et la tête baissée, Diane Zogo, veuve de l’animateur, se recueille. En ce troisième anniversaire, elle est venue implorer la justice divine pour son mari.
« Que les véritables assassins de Martinez soient punis pour ce qu’ils ont fait. Mais je ne crois pas à la justice des hommes. Je crois à la justice divine. Nous ne pouvons pas faire le deuil tant que le corps est encore scellé », dénonce-t-elle au micro de notre correspondant à Yaoundé, Richard Onanena.
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Quelques kilomètres plus loin, une banderole en hommage à Martinez Zogo flotte à l’entrée de la radio Amplitude FM. La chapelle ardente installée dans le hall de la radio au lendemain de sa mort est toujours en place.
Les anciens collègues de Martinez Zogo, se disent inquiets de la lenteur du procès. « Trois ans après, rien ne bouge. Franchement, on ne sait vraiment pas s’il y aura un aboutissement logique à ce procès », confie Charly Tchouemo, rédacteur en chef d’Amplitude FM.
Pour Christophe Bobiokono, co-directeur de publication de l’hebdomadaire juridique Kalara, certains éléments commencent néanmoins à émerger dans cet assassinat qui a changé le travail des journalistes camerounais, notamment ceux traitant des dossiers sensibles.
« Les choses semblent être de plus en plus claires, même s’il y avait peut-être demain une responsabilité de la DGRE. Des individus ont pu agir en contournant les règles de fonctionnement de ce service d’intelligence ».
Un procès ultrasensible toujours en cours
Le procès se déroule devant le tribunal militaire de Yaoundé. Il s’est ouvert formellement le 24 mars 2024 mais les débats sur le fond n’ont commencé qu’en septembre 2025, après une longue phase de bataille procédurale. La prochaine audience est prévue le 26 janvier.
Le commissaire du gouvernement prévoit l’audition de plus de quarante témoins afin de reconstituer les circonstances de l’enlèvement, de la torture et de la mort de Martinez Zogo. À ce stade, 18 témoins ont déjà été entendus et interrogés par les différentes parties.
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Selon leurs récits, Martinez Zogo était sur écoute et faisait l’objet d’une surveillance ciblée par des membres de la DGRE, la Direction générale de la recherche extérieure, dont certains agents ont reconnu leur participation à son enlèvement, hors cadre formel, évoquant des ordres visant à intimider l’animateur.
Il est avéré que Martinez Zogo a subi des actes de torture d’une violence extrême dans un autre lieu que celui où il a été retrouvé sans vie.
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Une justice encore « hors de portée »
Mais de nombreuses questions demeurent : le mobile exact, les commanditaires, ainsi que le degré d’implication des 17 accusés, parmi lesquels figurent l’ancien patron de la DGRE Léopold Maxime Eko Eko, l’homme d’affaires Amougou Belinga, ou encore Martin Savom, alors maire de Bibey au moment des faits. À raison de deux jours d’audience toutes les trois semaines, plusieurs parties dénoncent la lenteur de la procédure.
Pour Angela Quintal, directrice Afrique du Comité pour la protection des journalistes (CPJ), le chemin vers la vérité reste « hors de portée ». « Si une procédure judiciaire est en cours et que certains suspects sont jugés, la pleine responsabilité et une justice transparente restent hors de portée ».
« L’anniversaire du meurtre de Zogo nous rappelle cruellement que les auteurs du meurtre d’un autre homme de media, Samuel Wazizi, en 2019, courent toujours, tandis que sa famille se voit toujours refuser justice et le rapatriement de sa dépouille », ajoute-t-elle.
Dans les locaux et sur les ondes d’Amplitude FM, l’hommage à Martinez Zogo
Les bougies de la chapelle ardente illuminent le hall de la radio Amplitude FM, ce 22 janvier 2026. Depuis le matin, des collègues et des auditeurs de l’animateur lui rendent hommage. Certains sont assis en silence et se recueillent en écoutant l’émission spéciale diffusée en direct en hommage à Martinez Zogo.
En studio, ceux qui l’ont vu démarrer au début des années 2000 décrivent un homme très timide, qui a dû se forger un caractère. C’est grâce à la radio qu’il a trouvé la force de dénoncer les écarts de certains pontes du régime. Des dénonciations qui, selon les panélistes, sont à l’origine de son assassinat.
L’émission a également diffusé une interview d’Arsène, fils du défunt journaliste, qui raconte que trois ans après, la douleur reste vive, et demande justice pour son père.
La rédaction d’Amplitude FM a préparé une édition spéciale du journal, présentée par Charly Tchouemo. Des reportages émouvants où l’on entend les témoignages des auditeurs évoquer l’angoisse vécue entre sa disparition, le 17, et la découverte de son corps mutilé sur un terrain vague, le 22 janvier 2023.
D’anciens collègues, des auditeurs et quelques proches vétus de noir ont assisté à un hommage dans le hall de la radio. Plus tôt dans la journée, des syndicats de chauffeurs de taxi, qui comptaient parmi ses auditeurs les plus fidèles, se sont organisés pour lui rendre hommage lors de l’émission Happy Day.
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