Sénégal: Secteur minier – Des députés en immersion à Sabodala

La commission énergie et ressources minérales de l’Assemblée nationale a bouclé hier, à Sabodala Gold Operations (Sgo), une mission parlementaire de cinq jours consacrée à l’évaluation des activités minières et de leurs impacts sociaux, économiques et environnementaux. Députés, communautés locales, travailleurs miniers et direction de la société ont engagé un dialogue direct, révélateur des attentes mais aussi des tensions persistantes autour de l’exploitation minière.
KÉDOUGOU – Poussière, accès à l’eau, déplacements de populations et perte de terres ont été évoqués sans détours lors de la rencontre entre les députés et les communautés. Président de la commission énergie et ressources minérales de l’Assemblée nationale, le député Babacar Ndiaye a souligné, au sortir des différentes rencontres, que le secteur minier à Kédougou est stratégique mais reste complexe et problématique.
Les parlementaires ont rencontré aussi bien les directions des sociétés minières que les travailleurs, les orpailleurs et les communautés de Sabodala, Bantaco et Tomboronkoto durant leur séjour dans la région. « Les relations entre entreprises et communautés sont tendues, même si des efforts existent. Ils ne sont pas toujours à la hauteur des attentes », a reconnu Babacar Ndiaye.
Parmi les priorités qu’il a soulevées figure la formalisation de l’orpaillage traditionnel, activité ancienne mais encore mal encadrée. « On ne peut pas éradiquer un métier qui a fait vivre des générations. Il faut mieux l’organiser, dans la légalité et la transparence », a plaidé le président de la commission. Il a également rappelé que les ressources naturelles appartiennent au peuple sénégalais et que c’est le rôle des députés de veiller à ce que leur exploitation profite réellement à la nation et aux communautés locales.
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Acceptabilité sociale et retombées locales
Pour le directeur général de Sgo, Abdoul Aziz Sy, cette visite est hautement positive. Il a salué l’implication des parlementaires, rappelant leur rôle central dans la gouvernance du secteur. « Ce sont eux qui font la loi, votent le budget et veillent à ce que les entreprises minières contribuent équitablement aux caisses de l’État », a-t-il déclaré.
D’après M. Sy, améliorer la relation avec les populations n’est pas seulement un impératif moral, mais aussi une nécessité opérationnelle. Le patron de Sgo a insisté sur la transparence et la conformité légale comme piliers de l’exploitation minière moderne.
« Nous voulons être une entreprise citoyenne, conforme à toutes les législations. En tant que société cotée en bourse, nous sommes également surveillés et sanctionnables en cas de manquement », a-t-il souligné.
Au coeur des échanges, la question de l’acceptabilité sociale du projet minier a été centrale. Selon Abdoul Aziz Sy, près de 60 % de la main-d’oeuvre de Sgo provient de la région de Kédougou, dont une part importante de l’arrondissement de Sabodala.
« La richesse produite ici vient du travail des communautés qui nous accueillent. Elles vivent aussi les impacts quotidiens de la mine, et nous le reconnaissons », a-t-il admis. Avant d’annoncer la mise en place d’une feuille de route, un plan d’action précis : « Car c’est aussi dans notre intérêt d’améliorer durablement nos relations avec les communautés », a-t-il révélé.
Face aux préoccupations soulevées par les élus et les populations, Abdoul Aziz Sy a réaffirmé l’engagement de Sgo en faveur de la transparence et du respect strict de la réglementation.
Des doléances à traduire en actes
Les députés se sont engagés à assurer un suivi rigoureux des préoccupations recueillies, notamment sur les déplacements de populations, comme à Tomboronkoto. Durant cinq jours, ils ont rencontré l’ensemble des acteurs du secteur : directions des entreprises minières, délégués du personnel, orpailleurs traditionnels et communautés locales. « Nous allons produire un rapport, poser des questions écrites aux autorités et organiser des auditions. Nous n’étions pas là pour du tourisme, mais pour nous ancrer dans la réalité des populations », a martelé Babacar Ndiaye.
Les populations ont exprimé de nombreuses préoccupations, notamment sur les déplacements forcés, l’accès à l’eau potable, la pollution par la poussière, l’emploi des jeunes et l’application effective du contenu local. Les femmes ont également dénoncé la précarité économique et les violences subies lors des opérations de sécurisation des sites. Face à ces interpellations, le président de la commission s’est voulu rassurant : « Nous allons établir un rapport détaillé. Certaines situations méritent un suivi rigoureux et permanent », a-t-il assuré.
De leur côté, les travailleurs de Sgo ont alerté sur la sécurité des sites, la précarité des contrats temporaires et la pollution par la poussière.
La direction des ressources humaines de Sgo a indiqué avoir mis en place une politique de nationalisation des cadres, de sécurisation des employés et d’intégration progressive des travailleurs temporaires.
À Sabodala, les échanges francs ont permis de mettre en lumière les fractures, mais aussi les opportunités d’un secteur appelé à jouer un rôle crucial dans le développement du pays.



