Madagascar: l'annonce de réformes controversées dans la filière vanille suscite la colère des opérateurs

À Madagascar, une série de mesures prises ces deux derniers mois par le gouvernement pour renforcer la compétitivité de la filière vanille fait grincer des dents. De nombreux opérateurs disent avoir été mis au pied du mur. Des décisions qualifiées par certains de « populistes », et qui font planer le risque d’une marche forcée vers une ultra-libéralisation du secteur – que beaucoup accusent encore d’être l’un des plus exposés au blanchiment d’argent.
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Avec notre correspondante à Antananarivo, Sarah Tétaud
Changement de stratégie à Madagascar. Depuis le mois de novembre 2025, l’État a procédé à plusieurs ajustements afin, selon la Direction générale du commerce extérieur, d’améliorer la transparence et la fluidité des échanges commerciaux et de renforcer la confiance au sein de la filière vanille.
Parmi ces mesures : la suppression de la taxe de quatre dollars par kilo exporté, l’habilitation de quatre nouveaux ports pour le transit de l’épice, la publication de prix dits « de référence » selon les catégories de gousses, et surtout, une forte augmentation du nombre d’agréments délivrés aux exportateurs — passant ainsi de 80 à bientôt près de 300.
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Mais ces décisions suscitent de vives interrogations, à commencer chez les premiers concernés. « Ces décisions laissent les exportateurs très dubitatifs », relate Georges Geeraerts, président du GEVM, le groupement qui rassemble une cinquantaine d’exportateurs historiques.
« Se retrouver du jour au lendemain avec autant d’exportateurs supposés capables d’exporter nous semble pour le moins étrange. Quant aux prix de référence annoncés, ils sont parfois considérés par les importateurs comme des prix plafonds, ce qui limite les possibilités de négociation. Aujourd’hui, la filière a besoin de décisions techniques, et uniquement techniques » prévient-il. « Donc pour le moment, nous sommes très dubitatifs quant aux résultats de ces décisions. »
« Une libéralisation sauvage déguisée »
En multipliant le nombre d’agréments délivrés, l’État fait le pari d’ouvrir le marché à davantage d’opérateurs pour permettre à qui le souhaite de tirer parti du commerce de la vanille. Un choix qui inquiète les exportateurs historiques, alors même que le précédent gouvernement avait engagé un vaste nettoyage du secteur.
« On a l’impression que les agréments ont été distribués sans aucun filtre. Il y a même une agence de voyage qui en a obtenu un ! », s’indigne un opérateur. « Aujourd’hui, l’État permet à n’importe qui d’exporter de la vanille, de n’importe où et à n’importe quel prix. C’est une libéralisation sauvage déguisée », déplore un autre. « Et cela risque, une fois encore, de favoriser le blanchiment d’argent dans la filière », conclut le premier.
Une réunion du Conseil national de la vanille doit se tenir demain, jeudi 22 janvier. Plusieurs de ces épineux sujets pourraient être abordés.
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