Soudan: le pillage du musée national[2/3]

Pendant leur occupation de Khartoum qui a duré près de deux ans, les soldats des Forces de soutien rapide ont dévalisé les collections inestimables du musée national du Soudan. Inauguré en 1971 sur les rives du Nil Bleu à quelques pas du palais présidentiel, le musée renfermait près de 100 000 artefacts remontant de l’âge préhistorique à la période islamique en passant par l’ère chrétienne, la civilisation nubienne et surtout le royaume de Koush, bâtisseur des pyramides du Soudan. Depuis la reprise de la capitale par l’armée soudanaise, les équipes du musée sont à l’ouvrage pour nettoyer le bâtiment devenu champ de bataille, et faire un inventaire détaillé afin de recenser l’étendue du pillage.

De notre envoyé spécial de retour de Khartoum,

Des tirs de roquettes ont laissé des trous béants sur la façade. La grande baie vitrée du musée a volé en mille morceaux et les jardins sont encore truffés d’explosifs. Jamal Mohammed Zein est le premier employé du musée à être retourné sur les lieux.

« À l’intérieur, tous les verrous avaient été forcés, toutes les portes laissées béantes. Je me suis précipité dans la grande réserve qui abrite plus de 100 000 pièces archéologiques. Partout des objets jonchaient le sol. Les caisses avaient été ouvertes et pillées. Beaucoup d’artefacts ont été cassés, ébréchés. »

« Ils ont entièrement pillé la chambre de l’or koushite »

Munis de brouettes et de pelles, des ouvriers nettoient le bâtiment. Un comité a été constitué pour évaluer les dégâts et l’ampleur du pillage. À sa tête, la docteure Rihab Khidir qui estime qu’au moins 4 000 pièces d’une valeur inestimable ont été volées.

« Ils ont entièrement pillé la chambre de l’or koushite qui abritait des centaines de pièces ornementales. Des colliers, des bagues entièrement fabriquées en or. Des bijoux qui datent de l’époque koushite, du royaume de Napta et Méroé, et qui avaient été trouvés à l’intérieur des tombes royales. »

L’administration du musée indique détenir des preuves qu’au moins trois camions chargés de pièces archéologiques ont quitté la capitale au mois d’août 2023 vers l’ouest du pays. Les miliciens des Forces de soutien rapide tenteraient déjà de vendre leur trésor à l’étranger.

« Dès le début de la guerre, des collègues à l’étranger ont contacté les conseillers des Forces de soutien rapide pour leur dire que le patrimoine est une ligne rouge. C’est un bout de notre culture, un pan de notre histoire qui n’a rien à voir avec le conflit actuel. Ils ont bien reçu le message, ont dit qu’ils étaient prêts à coopérer, mais pourtant tout a été volé. »

Une photo montre les dégâts subis par le Musée national du Soudan à Khartoum le 11 avril 2025, après la reprise de la capitale par l'armée aux paramilitaires des FSR le mois précédent.
Une photo montre les dégâts subis par le Musée national du Soudan à Khartoum le 11 avril 2025, après la reprise de la capitale par l’armée aux paramilitaires des FSR le mois précédent. AFP – –

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Les pertes totales pour les musées du Soudan estimées à 110 millions de dollars

Une véritable course contre la montre s’est engagée avant que les artefacts volés ne soient vendus illégalement à des acheteurs peu scrupuleux. Les autorités soudanaises ont déjà émis une alerte mondiale auprès d’Interpol pour retrouver les pièces du royaume de Koush.

« Les Forces de soutien rapide sont stupides. Qui veulent-ils gouverner ? Celui qui n’a pas d’histoire n’a pas de présent. Le patrimoine, c’est nos racines. Ils disent que leur cœur est avec la patrie. Ils disent qu’ils veulent gouverner le pays, alors pourquoi ne protègent-ils pas notre héritage ? Ce patrimoine volé, cette civilisation, c’est celle de tout un peuple, et même de toute l’humanité. »

Le pillage de l’Histoire soudanaise ne s’est pas limité à la capitale. Les paramilitaires ont vandalisé ou endommagé une dizaine de sites historiques à travers le pays. Les pertes totales pour les musées du Soudan sont estimées à près de 110 millions de dollars.

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