«Never again»: en Sierra Leone, une Journée nationale du souvenir

Ce dimanche 18 janvier, la Sierra Leone inaugure une Journée nationale du souvenir. Une date décrétée par le président Julius Maada Bio, pour mettre en œuvre une recommandation clé de la Commission vérité et réconciliation. Les autorités appellent les Sierra-Léonais à s’y associer comme à un acte collectif de mémoire et de solidarité — pour « réfléchir au passé », et poser des gestes « conscients » et « patriotiques » afin de « faire ce qui est juste pour Mama Salone ». Le 18 janvier 2002 marquait la fin officielle d’une guerre civile de onze ans, commencée en 1991 — un conflit dont les cicatrices restent vives, chez des milliers de survivants
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Tout commence le 23 mars 1991, à l’est du pays : le RUF, Front révolutionnaire uni, lance une offensive en affirmant vouloir « libérer » la Sierra Leone d’un système miné par la corruption, l’injustice, et l’abandon de larges pans de la population. Mais très vite, la rébellion sème la terreur : villages incendiés, civils pris pour cibles, enrôlement d’enfants, violences sexuelles, mutilations.
À ces griefs s’ajoute bientôt la convoitise. Dans la région de Kono, les diamants deviennent le nerf de la guerre : le contrôle des sites miniers finance les combats, et attise la lutte entre factions. La guerre s’enlise, sur fond d’instabilité politique et de coups d’État.
Dans les esprits, une date reste un traumatisme national : le 6 janvier 1999, quand la violence atteint Freetown, cœur politique et économique du pays.
Après plusieurs accords de paix avortés, l’arrivée de forces de l’ONU, et le désarmement progressif des combattants, la guerre s’achève officiellement en 2002. Puis viennent la Commission vérité et réconciliation et le Tribunal spécial — mais pour beaucoup de victimes, la justice reste incomplète.
Et c’est tout l’enjeu de cette Journée nationale du souvenir : comprendre ce qui a mené au chaos, pour éviter d’y replonger.
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« oublier est dangereux »
Abass Sesay avait trois ans quand des rebelles ont attaqué son village. Sa grand-mère est tuée, lui est amputé. Pour lui, cette Journée du souvenir est vitale : « oublier est dangereux ».
« J’avais trois ans quand des rebelles ont attaqué ma communauté. Ils sont sortis de la brousse, brûlant des maisons et tirant sur les gens.
Avec ma grand-mère, on s’est cachés dans un sous-sol. Je pleurais — je n’avais pas mangé de toute la journée — et les gens avaient peur que les rebelles nous entendent. Alors ma mère est sortie chercher de quoi manger. Ma grand-mère l’a suivie, en me portant sur son dos.
Les rebelles les ont vues. Ma mère a paniqué, ma grand-mère aussi. Elles ont couru, mais les tirs ont éclaté. Une balle a touché ma grand-mère : elle a été tuée. Moi aussi j’ai été touché, à la tête et au bras. Mon bras a empiré pendant des jours, et quand je suis arrivé à l’hôpital, il était trop tard. Les médecins ont dû l’amputer.
Voilà pourquoi la Journée du souvenir compte : se rappeler la guerre, et ses conséquences — les morts, les traumatismes, ce qui a déstabilisé notre pays. Aujourd’hui encore on tente de reconstruire ce qui a été brisé. Oublier est dangereux : si on oublie les causes de la guerre, on peut y retourner. »
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