L’été austral en Afrique du Sud: dans les banlieues sensibles du Cap, la piscine comme remède contre le crime [4/4]

En Afrique du Sud, les Cape Flats sont des banlieues sensibles du Cap héritées de l’apartheid, où la présence des gangs est alarmante et les fusillades presque quotidiennes. Là-bas, pendant les vacances scolaires, la moindre activité peut sauver les jeunes et les empêcher de rejoindre la criminalité. Les piscines jouent alors un rôle social, comme un remède contre le crime.
De notre envoyé spécial au Cap,
Les habitants du Cap ont longtemps eu l’habitude de voir leurs piscines publiques fermées en plein été, à cause de maintenances à rallonge. Cette année, la ville se félicite d’avoir ouvert 36 de ses 37 piscines municipales. « C’est magnifique de venir ici. Voilà ma fille qui vient vers nous. Ici, elle profite du soleil et s’amuse dans l’eau », explique ce père de famille dont la fille reste habituellement « à la maison et regarde la télévision ».
Nous sommes à Khayelitsha, deuxième plus grand township d’Afrique du Sud, aussi l’un des plus dangereux du pays. Pour Gareth, qui vient souvent en famille, cette piscine incarne la sécurité et le calme : « Je pense que c’est un lieu de réconfort pour les enfants, ils peuvent s’amuser loin de ce fléau des violences domestiques. Ici, ils sont à l’aise. Nous avons besoin de plus d’activités, comme du volley-ball, du waterpolo, des cours de natation pour les enfants. Ce serait encore mieux pour eux. »
Dans un autre quartier des Cape Flats, Nabilah Diedericks a justement choisi d’ouvrir sa propre école de natation, dans le jardin de ses parents. « J’ai grandi ici. À la place de cette piscine, il y avait la chambre de ma sœur. Et là, une salle de bain. Vous savez, la transformation dans le sport est assez lente. On aimerait enfin voir un membre de nos communautés monter sur un podium pour changer les choses », confie-t-il.
Dans ce quartier, la période des vacances scolaires est cruciale. Les jeunes, n’ayant plus école, sont plus à même de rejoindre la criminalité, alors que ces quartiers sont gangrenés par les gangs. « C’est quand l’ennui s’installe que les gangs cherchent à vous attirer. Vous seriez surpris de voir combien d’enfants âgés de quatre, cinq ou six ans sont très loin d’être naïfs : ils vous parlent des types de gangs et de drogues qu’ils connaissent. Maintenant, imaginez que vous venez d’une de ces communautés défavorisées. Vous obtenez un financement pour suivre des cours de natation. Disons que vous devenez instructeur, que vous travaillez pour une institution et que vous gagnez votre vie. En faisant cela, vous brisez ce plafond de verre », estime-t-il. En d’autres termes, grâce à la natation, Nabilah Diedericks veut remplacer la figure du gangster par celle du sportif, comme exemple pour la jeunesse.
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