Ile Maurice: Porno – Verrouiller les smartphones des mineurs de moins de 15 ans ?

La société mauricienne et le monde politique se montrent frileux quand il s’agit de prendre le taureau par les cornes. Des retards pris risquent de provoquer des fêlures : du calme avant une nouvelle tornade. Sont aussi concernés les problèmes sociétaux.

Les autorités proposent d’interdire le smartphone aux collégiens. Regardez la lune et non le doigt qui indique la direction. On passe à côté de l’essentiel : ces mêmes mineurs ont libre accès à des vidéos pornos, à une rare violence, au harcèlement sur les réseaux sociaux. Que fait notre pays contre ce cancer dont les métastases se multiplient ?

La mesure envisagée pour les collégiens se résume à vouloir mettre un océan dans un trou fouillé dans le sable. Toujours cette crainte de froisser X ou Y, telle communauté ou religion, de ménager une société traditionaliste dans son ADN. En attendant, cette invasion toxique gagne des générations de mineurs. Comment contrecarrer la vague de pornographie sur laquelle des mineurs surfent librement. Les parents souvent irresponsables regardent passer le train.


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Après une année au pouvoir, le GM propose un super plan de réformes au niveau des infrastructures, le tout budgétisé avec dates limites pour la concrétisation. Tant mieux. Hélas rien de concret n’est proposé pour endiguer cette vague de pornographie chez les mineurs d’autant que les parents, soit ferment les yeux soit font preuve d’irresponsabilité. Pendant combien de temps cela va durer alors que tout le monde semble au courant ?

Que font d’autres pays ?

Eux aussi ont pris connaissance de ce danger pour les mineurs et ne tardent pas actuellement à réagir. L’Australie est le pays qui a pris les mesures les plus draconiennes, suivi par son voisin la Nouvelle-Zélande. Pas de téléphone portable avant l’âge de 16 ans. De fortes amendes en cas d’infractions. En Angleterre, on estime qu’un million de mineurs consultent quotidiennement ces sites. La Chine s’est réveillée en restreignant les contenus indésirables (c’est peu dire). En France, les mineurs accros à ces nombreux sites atteindraient les deux millions et sans accord parental. Soit un mineur sur deux de moins de 12 ans.

Aux États-Unis, TikTok qui propose des connexions pornos aux enfants est interdit. En Inde, dorénavant tout nouveau smartphone devra comporter un outil de verrouillage. Au Brésil, les autorités s’estimant incapables de contenir cette marée : 10 % des moins de neuf ans se gavent de porno tout comme 27 % des moins de 11 ans.

Sans entrer dans les détails du sordide, relevons une citation d’un des gendarmes affectés à la surveillance de ces sites : «J’ai vu des choses que jamais auparavant j’aurais voulu voir sur les réseaux. Pas avant 18 ans en tout cas.» Un véritable arsenal est proposé ouvertement aux mineurs. Nous n’allons pas citer les plateformes les plus connues mais ce qu’elles proposent est tout simplement une totale déformation de ce qu’est la sexualité. Pour dire le moins.

Connaissez-vous le scrolling ? C’est le défilement de vidéos en continuité pour capter ou plutôt capturer de très jeunes cerveaux en pleine transformation. Violence sexuelle, humiliations, streaming, relations sexuelles entre mineurs de 14 à 16 ans, sites pour pédophiles, vision dégradante de la sexualité avec des filles dans le rôle d’esclaves, sextorsion, vente d’enfants à des fins sexuelles… pas la peine d’étaler tout le catalogue de certaines monstruosités. Les paroles et les bruitages s’envolent mais les images restent et s’incrustent dans de jeunes cerveaux.

Les conséquences

Elles sont incommensurables et dans l’immédiat et dans le temps. Citons un seul cas parmi tant d’autres se déroulant à Maurice. Trois filles mineures de 12 à 15 ans ont été surprises en pleins ébats dans un kiosque à Blue-Bay. Manifestement, elles n’étaient pas encore mûres. Vont subir les conséquences : leur santé mentale, leur développement cognitif (la pensée), les troubles du sommeil… À cette tranche d’âge, les jeunes sont encore vulnérables, malléables et dépendants à cette surexposition. Quelques-uns se suicident même suite au harcèlement ou s’automutilent.

D’autres de neuf à 13 ans, sans garde-fou, se posent des questions. Ils consultent même parfois l’intelligence artificielle (IA). Le facétieux Elon Musk, l’homme le plus riche de la terre, n’a pas trouvé mieux que d’installer sur son réseau X une IA dénommée IA GROK. Avec une simple photo et en quelques secondes, elle permet de déshabiller la personne. Levée de boucliers aux États-Unis même. Aux dernières nouvelles, ces activités ont été stoppées. Mais abordons la question principale : comment réagissent les parents qui laisseraient leurs enfants mineurs regarder ces sites, parfois sous un drap éclairé par une lampe torche ?

Comment peuvent-ils assumer leurs responsabilités dans une société ou le père démissionne s’il faut expliquer à sa fillette ce qu’est la menstruation ? Certains parents, toutes couches sociales confondues, feignent d’ignorer les questions que leur pose leur progéniture. On délègue cette tâche à la pauvre mère. En raison de leurs activités professionnelles, beaucoup de parents butent contre le temps alloué à ces mineurs. Ils se limitent à assurer gîte et couvert en laissant l’éducation, maître-mot et racine du problème, au corps enseignant. Or, ce dernier n’est pas là pour éduquer mais instruire, instiller des savoirs. C’est une des principales failles de notre système éducatif encore boiteux. L’éducation sexuelle.

Faisons table rase du passé. Cette indispensable éducation sexuelle dès le début du secondaire est trop limitée et frileuse. Des éducateurs sont formés mais leurs cours ou causeries non récurrentes sont trop timorés (d’où un bébé dans une poubelle!). Des cloisons à abattre. Ils doivent pouvoir déballer un maximum d’informations essentielles aux filles comme aux garçons sur la vraie sexualité et ce qu’elle est sous toutes ses formes. Hélas, certains thèmes resteraient tabous. Alors, des mineurs poseront leurs questions à des amis… de leur âge. Il est facile de nos jours de chercher des réponses sur les réseaux sociaux. Ils trouvent des réponses sur des sites pornos. Pratiques et images scabreuses. Déformations assurées.

Tous les organismes concernés doivent arrêter consultations, conférences, rapports et maintenir un seul cap en raison de l’urgence : comment éviter que tous ces mineurs consultent ces plateformes toxiques. Nous devons les sensibiliser de façon récurrente à ce qu’est une sexualité saine et non caricaturée. C’est maintenant que les autorités doivent prendre des décisions courageuses et bousculer la fourmilière comme renverser les barrières des prétendues valeurs ethnoculturelles. Pourquoi d’ailleurs ne pas encourager la télé de service public à diffuser ces fondamentaux de l’éducation sexuelle à des heures et jours où parents et mineurs pourront les regarder ensemble et en discuter entre eux ensuite. Engager un dialogue au détriment, par exemple, de jeux vidéo abrutissants.

Interdire ou verrouiller ?

L’interdiction totale des smartphones aux moins de 15 ans risque de soulever un tollé. Certains y verraient même une atteinte à la liberté. D’autres possibilités existent. Nous les connaissons, les autorités en discuteraient mais interdire les smartphones dans les collèges n’est qu’une rustine (kol fit). Il faut mettre en place des mesures pour la vérification de l’âge en cas d’utilisation, un mécanisme de verrouillage qui ne permet pas l’accès à tous les sites, permettre l’usage une heure seulement par jour, un contrôle parental des sites visités. N’attendons pas que des sex toys (déjà disponibles sous certains comptoirs) ou que des adult stores comme en Afrique du Sud n’atteignent nos rivages. Question : qui va contrôler, avec quels outils, repérer les contrevenants et infliger des amendes ?

Le problème reste entier. Déjà si le smartphone est interdit aux moins de 15 ans, des mineurs emprunteront celui des copains. Ces derniers prétendent toujours en savoir plus que les autres. Bannissons les sévices mais pas les vices à un si jeune âge. Il est encore temps d’extirper les mineurs à cette surexposition gratuite et non contrôlée mais, en même temps, les armer contre une fausse et dangereuse conception de la sexualité.

Ouvrez vos oreilles et vous entendrez un nouveau vocabulaire emprunté au dirty talk. Aussi pour cette éducation sexuelle, n’ayons plus peur des mots, mais des maux. Agissons. N’oublions pas que le mineur se retrouve seul. Son smartphone peut l’isoler de tout. Il faut l’aider. La prévention est possible : qu’est-ce qu’on attend ? Une campagne nécessaire à l’échelle nationale ou bien on va kouchou kouchou derrière la porte ?

P. S.: Il existe une SIM CARD payante qui permettrait de bloquer certains sites. Encore faut-il payer et connaître/vérifier les sites concernés. Combien sont-ils à faire cette démarche ?

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