Sénégal: le démontage d’une fresque murale relance le débat sur la préservation du patrimoine national

Au Sénégal, la destruction d’une fresque murale dans la ville de Thiès relance le débat sur la sauvegarde du patrimoine culturel. Le démontage, officiellement pour réhabilitation, d’une mosaïque de l’artiste sénégalais de renommée mondiale Papa Ibra Tall, début janvier, a suscité une vive contestation sur les réseaux sociaux. Le ministre de la Culture, Amadou Ba, qui s’en est également indigné, a promis de réaliser un inventaire de tous les sites culturels du pays pour tenter de mieux les protéger.
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Avec notre correspondante à Dakar, Léa-Lisa Westerhoff
Longue d’une vingtaine de mètres et constituée de milliers de petits carreaux de faïence, la mosaïque colorée de Papa Ibra Tall – artiste peintre de l’école moderniste et fondateur de la Manufacture des tapisseries de Thiès – ornait le mur d’une place centrale de cette ville depuis 1973.
Début janvier, les images d’ouvriers qui désagrègent la fresque à coup de marteau ont terriblement choqué au Sénégal, comme l’explique Bassirou Thiam, l’actuel directeur des Manufactures sénégalaises des arts décoratifs (MSAD) de Thiès. « C’est très regrettable, surtout vu la grandeur de l’auteur qui est vraiment connu de façon internationale, à qui le président Senghor confiait toutes les grandes œuvres de tapisserie du pays, déplore-t-il. Donc, si, aujourd’hui, on détruit son œuvre, ça fait vraiment très mal, à nous artistes et aux populations qui se sont habituées et ont grandi avec cette œuvre ».
« Beaucoup de biens culturels ne sont pas classés »
Le dernier inventaire du patrimoine culturel sénégalais date de 2015. Il recensait 412 bâtiments à protéger, ce qui n’a pas empêché la destruction de certains comme l’emblématique marché Sandaga.
Pour l’artiste Mauro Petroni qui, en 2010, avait placé des faïences sur 200 bâtiments de Dakar à protéger, il y a urgence à rendre cette liste publique et à l’élargir aux œuvres d’art. « Comme par exemple avec des tableaux. Il y a beaucoup de biens culturels qui ne sont pas classés, affirme-t-il. Vous avez par exemple un très grand tableau dans la salle du conseil de la mairie de Dakar, qui est en très mauvais état ».
Pour ce qui est de la fresque de Thiès, la mairie assure vouloir reproduire l’œuvre à l’identique grâce aux dessins qui ont été conservés. Pourquoi ne pas l’avoir restaurée plutôt que de la détruire ? La question demeure.



