Élections en Ouganda: vote sous tension, ratés techniques et contestation de l’opposition

En Ouganda, où les électeurs étaient appelés ce jeudi 15 janvier à voter pour la présidentielle et les législatives. Un duel très attendu entre le président sortant Yoweri Museveni et son principal challenger Bobi Wine, dans un climat tendu : pays toujours privé d’internet et mises en garde de l’ONU sur la répression des voix dissidentes. Une journée de vote perturbée par des ratés techniques sur les machines de vérification biométrique : dans plusieurs bureaux, notamment à Kampala, le scrutin a pris du retard. Des pannes qui pourraient servir de motif de contestation, estime l’opposition.
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Dans la matinée, le président sortant Yoweri Museveni a voté dans son village natal de Rwakitura et a reconnu lui-même avoir rencontré des problèmes pour voter : sa machine refusait ses empreintes, puis a fini par le reconnaître au visage.
« Est-ce que c’était délibéré ? Nous allons vérifier. La Commission électorale a proposé – et j’ai soutenu cette décision – que l’on vote manuellement, parce que ce n’était pas normal que les gens rentrent chez eux », a-t-il déclaré.
Face à la presse après avoir voté, il a écarté l’hypothèse d’une victoire de son principal adversaire, Bobi Wine tout en l’accusant au passage de chercher à tricher : « Je sais que certaines personnes trichent : l’opposition ! Mais cette fois, nous serons très vigilants. Même si les machines n’ont pas bien fonctionné, nous avons mis en place d’autres mesures, et suivrons les choses de près. »

Les électeurs ont dû alors voter manuellement en utilisant le registre papier, un problème généralisé, explique Lovinza Nabada, agente dans un bureau de vote à Kampala. « On ne peut pas commencer le vote : les machines ne sont pas opérationnelles. Et ce n’est pas seulement chez nous, ça arrive partout », explique-t-elle.
Pour palier ces problèmes techniques, la commission électorale a retardé d’une heure la fermeture des bureaux de vote. Mais certains électeurs ont fait part de leurs frustrations. Les observateurs craignent que certains n’aient finalement renoncé à voter et une incidence sur le taux de participation.
En dehors de ces dysfonctionnements, peu d’incidents majeurs ont été rapportés au fil de la journée. Mais la coupure d’internet, en vigueur depuis mardi soir, ralentit la circulation des informations. Il est difficile notamment d’avoir une vue d’ensemble sur le déroulé du vote notamment dans les zones rurales. Certains observateurs se sont étonnés d’une moindre présence de jeunes dans les files d’attente dans un pays où l’immense majorité de la population a pourtant moins de 30 ans.
L’opposition évoque déjà l’hypothèse d’un recours devant la justice
Bobi Wine, qui a voté dans sa circonscription de Kyadondo, dans le district de Wakiso, a fustigé ces ratés techniques.
« Ces machines biométriques, pour lesquelles des milliards ont été dépensés – soi-disant pour empêcher les fraudes – ont, dans une large mesure, cessé de fonctionner. Malgré cela, nous appelons ceux qui le peuvent à rester à une vingtaine de mètres des bureaux de vote, à observer ce qui se passe et, si possible, à filmer », a-t-il déclaré.

Bobi Wine accuse les autorités de se servir de ces dysfonctionnements pour peser sur le scrutin et affirme aussi que plusieurs de ses agents ont été arrêtés ou empêchés d’observer le vote : « Je suis convaincu que nous sommes en train de remporter l’élection, mais je sais aussi que l’armée et l’ensemble des forces de sécurité sont mobilisées pour aider le président sortant à truquer le scrutin. C’est pourquoi j’encourage le peuple ougandais à résister. »
Dans l’après-midi, l’ancien chanteur a dénoncé sur les réseaux sociaux des « bourrages d’urne massifs », sans plus de précisions, et accusé les autorités d’avoir « enlevé ou chassé » des bureaux de vote un certain nombre de ses représentants à la faveur du blocage d’internet. Jeudi soir, les autorités n’avaient pas réagi à ces accusations. L’opposition évoque déjà l’hypothèse d’un recours devant la justice si les résultats ne reflètent pas, selon elle, « la volonté du peuple ».



