Ile Maurice: Un comité de haut niveau pour faire face à la colère des fonctionnaires

La contestation ne faiblit pas au sein de la fonction publique. Depuis plusieurs jours, les corps syndicaux montent au créneau face à la suspension annoncée de la Sunday Allowance, indemnité perçue par les fonctionnaires appelés à travailler le dimanche. Pour beaucoup, cette compensation financière, acquise au prix de sacrifices personnels et familiaux, permet tout simplement de joindre les deux bouts.
Face à la grogne grandissante, le Conseil des ministres a décidé d’instituer un comité de haut niveau, présidé par le secrétaire au Cabinet et chef de la fonction publique. Ce comité aura pour mission d’examiner la question du paiement des indemnités aux fonctionnaires travaillant selon un système de rotation ou assurant le service le dimanche, notamment dans les secteurs essentiels.
Il convient de rappeler que ce malaise trouve son origine dans les recommandations du rapport du Pay Research Bureau (PRB) 2026. Après la publication du document, le débat autour de la Sunday Allowance a été relancé, provoquant un tollé dans plusieurs secteurs de la fonction publique. Des consultations avec les parties prenantes sont prévues et celles-ci devront soumettre leurs propositions écrites d’ici la fin de la semaine.
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Du côté de la General Services Employees Association, la mobilisation est totale. Son vice-président, Ashraf Buxoo, rappelle que les conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT) accordent une importance particulière au dimanche en tant que journée consacrée à la vie familiale. «Pendant la semaine, beaucoup de travailleurs n’ont pas le temps de voir leur famille. Et il ne faut pas oublier que Maurice est signataire des conventions de l’OIT.»
Il reconnaît toutefois que certains secteurs dits essentiels – comme la santé, la police ou les services d’incendie – doivent continuer à fonctionner, y compris le dimanche.
Mais cette réalité, selon lui, n’est pas sans conséquences. «Nous travaillons, mais est-ce que cela ne constitue pas une rupture du tissu familial ? En cassant l’équilibre familial, ne faut-il pas une compensation ?», s’interroge-t-il. Ashraf Buxoo rappelle qu’en 2024, lorsque l’ancien gouvernement avait instauré le paiement double pour le travail dominical, l’objectif affiché était de corriger une injustice subie depuis longtemps par les employés des services essentiels. «Aujourd’hui, on ne peut pas remettre cette décision en question», affirme-t-il.
La situation devient d’autant plus préoccupante pour les travailleurs ayant contracté des prêts bancaires en se basant sur cette allocation perçue depuis deux ans. «Avec cette double compensation, leur salaire avait été revu à la hausse, ce qui leur a permis d’obtenir des prêts à de meilleures conditions. Si cette allocation est supprimée et qu’elle a servi de garantie, cela deviendra dramatique pour certains», prévient-il. Il insiste toutefois sur le fait que cette indemnité n’est en aucun cas acquise d’avance. «Si vous ne travaillez pas le dimanche, vous ne la touchez pas.»
De son côté, Narendranath Gopee, négociateur de la Federation of Civil Service and Other Unions (FCSOU), qualifie la démarche gouvernementale de mauvaise décision. «Ce n’est ni un cadeau ni une faveur. Cette allocation vient récompenser les efforts fournis pour maintenir le système en marche», soutient-il. Il rappelle que de nombreux secteurs fonctionnent en continu, 24 heures sur 24 et sept jours sur sept, souvent dans des environnements à risque. Pour le syndicaliste, la suppression de la Sunday Allowance risque d’avoir un effet direct sur la motivation des fonctionnaires. «Ils seront démotivés à travailler le dimanche, surtout s’ils doivent quitter leur famille, sans aucune reconnaissance financière», avertit-il.
Narendranath Gopee souligne enfin que lorsque l’ancien Premier ministre, Pravind Jugnauth, avait annoncé le paiement double pour le travail dominical, il s’agissait de corriger une anomalie de longue date. «Le dimanche n’est pas une normal working day. Cette mesure reconnaissait le caractère particulier de cette journée, assimilée à un jour férié», explique-t-il. Selon lui, il est dans l’intérêt du gouvernement d’éviter une décision, qui risquerait d’ouvrir un conflit durable avec les fonctionnaires.
Des pressions dénoncées pour la signature de l’«Option Form»
Narendranath Gopee est aussi monté au créneau pour dénoncer ce qu’il considère comme une précipitation injustifiée entourant la signature de l’Option Form. Il rappelle qu’une circulaire émanant du ministère de la Fonction publique accorde aux fonctionnaires un délai allant jusqu’au 18 mars 2026 pour remplir et retourner ce document. Or, certains ministères, dont celui de la Sécurité sociale, et la Private Secondary Education Authority, exerceraient des pressions afin que les fonctionnaires signent et retournent le formulaire dans les plus brefs délais.
«Ce n’est pas normal. Un délai précis a été accordé et il fait suite à une représentation que nous avons faite auprès du secrétaire au Cabinet, ce qui a permis une prolongation», insiste-t-il.Narendranath Gopee estime également qu’il est prématuré d’exiger la signature de ce document alors qu’une partie du rapport du PRB 2026 n’a pas encore été rendue publique. «La section Errors and Omissions n’a pas encore été publiée. Il faut donc attendre. Ce n’est qu’après cela que les fonctionnaires devront signer», soutient-il.
Le négociateur de la FCSOU lance un appel au secrétaire au Cabinet, l’invitant à prendre «les actions qui s’imposent» afin de garantir le respect des délais accordés et d’assurer que les fonctionnaires puissent prendre une décision éclairée, en toute sérénité.

