Madagascar: Un monument tombé dans l'oubli

Ratafia, c’est sous ce pseudonyme que tous les férus de sport en général, et de basket en particulier, l’ont connu. Ce sobriquet suffit à résumer une longue histoire de basketball, le palmarès d’un club, une science infuse de la balle orange, des matchs épiques, des centaines de joueurs passés sous sa main, une santé de fer, une persévérance et une régularité sans pareil…
Ratafia est parti à quatre piges du centenaire, mais il a gardé sa lucidité, sa perspicacité, sa simplicité lors de son jubilé l’année dernière. Pas l’ombre d’une menace de la maladie d’Alzheimer, pas le tracé d’une cataracte, pas de béquille, il est parti entier, fidèle à lui-même.
Ratafia est certainement unique au monde. Un entraineur qui a une science infuse du basket puisqu’il n’a jamais été un grand joueur, ni entraineur de formation. Mais il force le respect de toutes les équipes et de tous les joueurs. Il a servi au Stade Olympique de l’Emyrne de manière bénévole mais avec passion durant plusieurs décennies et jusqu’à ce que sa mobilité lui pose quelques problèmes.
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Le fameux terrain 6 était son palais à Mahamasina. C’est là qu’il a formé plusieurs grands joueurs de l’équipe nationale depuis les années 60 à l’image de feu Henri Randrianjatovo (capitaine de l’équipe nationale), feu Mamy Ravelomanantsoa, la main d’or, feu Mick Andrianasy, feu Jules, feu Ravolomaso, feu Rarivo Solomampionona, feu Jean Pierre Bé, Yves, Donné, Sylvain, Parany, Théo, Rakotolahy, les frères Mansare et bien d’autres.
Le SOE, surnommé Mena valahana à cause d’une rayure rouge cernant son maillot blanc, a tenu tête à de grandes équipes de l’époque comme l’Assum de Jean André Ndremanjary, le BC Sotema de feu Djomba, plus tard le Cosfa de Hery, Ralalao, Soudan, les frères Ratsimizao, le Dynamo Fima de Jacky Be, Gaby Weber, l’As Cimelta de Jean Michel Ramaroson, le Hasyma de Hery Gangs, de feu Deparcoin, la Secren Antsiranana des frères Befourouack, la Sirama Ambilobe de Saïd…
Le SOE ne court pas seulement les titres et les gloires. C’est surtout un club, une institution de formation et on y entre par conviction et par amour conformément à la philosophie de Ratafia. Il n’a jamais tiré la couverture pour lui-même. À preuve, à près de 100 ans dont 70 consacrés au basketball, il n’a jamais fait partie des personnages choisis pour les grandes distinctions.
Un monument oublié par ceux qui ont le pouvoir et le devoir de reconnaître les oeuvres des grands techniciens et formateurs. Sans eux, les médailles restent une chimère, les titres un rêve inaccessible.
Si le terrain 6 existait encore, il porterait le nom de Ratafia, le vrai en l’occurrence Edmond Rakotoarivelo. Et pourquoi pas une rue à défaut d’un timbre à son effigie comme on l’a fait pour Brigitte Bardot, comme les Australiens ont fait pour Jean-Louis Ravelomanantsoa.
C’est le meilleur hommage qu’on puisse lui rendre et pour que les générations futures puissent retenir son nom et son histoire à un moment où les repères et les références manquent au pays. C’est d’autant plus vrai que le pays sombre dans la médiocrité et où on retient plus les noms des auteurs de coups d’État.



