Congo-Kinshasa: La guerre compromet la lutte contre le Mpox dans l'est du pays

BUKAVU, SciDev.Net — Les violents combats qui opposent les Forces de défense de la République démocratique du Congo (RDC) aux rebelles de l’AFC/M23 dans le Sud-Kivu, à l’est de la RDC, entravent la lutte contre l’épidémie de Mpox dans cette province.
Selon les autorités sanitaires locales, les combats rendent impossible l’approvisionnement en médicaments et en vaccins, causant des pénuries dans les hôpitaux et les centres de traitement.
Joseph Matundanya, responsable du Programme élargi de vaccination (PEV) au Sud-Kivu, explique à SciDev.Net que la vaccination a débuté dans cette province avec une quantité insuffisante de doses par rapport aux besoins.
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« La situation dans laquelle nous nous retrouvons n’est pas facile, parce que l’insécurité perturbe tout. Dans le centre de traitement de Kavumu, nous avions 65 malades qui sont partis sans être guéris à cause des combats signalés dans cette entité »Ngashi Ngongo, CDC Afrique
« […] Sur les 32 zones de santé qui ont déjà rapporté des cas sur les 34 que compte notre province, il n’y a que quatre zones de santé qui étaient ciblées par la vaccination, et c’est déjà pour nous un défi majeur dans la riposte vaccinale. Nous avons du mal à vacciner toutes les couches ciblées à cause de ce problème de manque de vaccins », déplore-t-il.
Ce constat est partagé par Serge Munyahu Cikuru, médecin-chef de la zone de santé de Miti-Murhesa, l’une des 34 zones de santé de la province du Sud-Kivu. Il regrette l’impact de la guerre sur la dynamique qui était bien menée pour lutter contre l’épidémie de Mpox.
Selon son témoignage, le stock de vaccins récemment livré s’épuise, des structures sanitaires ne sont pas ravitaillées et certaines d’entre elles ont été attaquées. « S’agissant de l’approvisionnement en médicaments, nous avons l’UNICEF et son partenaire AIDES qui nous approvisionnaient, mais à cause de la guerre, le système d’approvisionnement a sensiblement baissé », dit-il.
Les cas de Mpox continuent d’être notifiés dans cette zone de santé. « Les malades continuent à suivre les soins, bien que la situation ne soit pas telle que souhaitée, parce qu’il y a vraiment une insuffisance de médicaments à cause du conflit que nous sommes en train de vivre actuellement », ajoute-t-il.
600 malades ont fui les hôpitaux
L’intensification des combats a aussi poussé plusieurs malades à déserter les centres de traitement. Ngashi Ngongo, chargé des incidents Mpox chez CDC Afrique, a récemment déclaré que plus de 600 patients atteints de la maladie, pris de panique, ont fui différentes formations sanitaires de l’est de la RDC.
« La situation dans laquelle nous nous retrouvons n’est pas facile, parce que l’insécurité perturbe tout. Dans le centre de traitement de Kavumu, nous avions 65 malades qui sont partis sans être guéris à cause des combats signalés dans cette entité », confie-t-il.
« Ces cas sont éparpillés dans la communauté. Il y a d’autres cas qui étaient sous traitement qui ont quitté la zone de santé de Miti-Murhesa pour se diriger vers d’autres zones de santé de villes voisines », renchérit Serge Munyahu Cikuru.
Il fait également savoir que plus de 25 militaires qui suivaient le traitement dans le centre de Nyamukubi ont aussi pris la fuite. « Jusqu’à aujourd’hui, nous ne savons pas comment les localiser. D’autres malades qui étaient suivis au centre de traitement de Lwiro et à l’hôpital général de référence de Miti-Murhesa sont partis », déplore-t-il.
Cette situation fait craindre une aggravation de l’épidémie dans le Sud-Kivu. « Avant la guerre, la tendance était déjà bonne parce que la courbe était descendante… Mais maintenant, avec les malades qui sont partis dans la communauté, nous commençons encore à notifier des cas. La crainte que nous avons est que nous puissions assister à une augmentation des cas… », se désole le médecin chef de la zone de santé de Miti-Murhesa.
Dans un tel contexte, poursuit-il, il est difficile de retrouver les malades pour briser la chaîne de contamination du Mpox, et les travailleurs de la santé sont à court d’options en ce qui concerne l’utilisation des stocks médicaux restants, alors que cette zone de santé continue d’enregistrer des cas confirmés de la maladie.
Les combats suscitent aussi la peur parmi le personnel de santé. « Il y a aussi la problématique des infirmiers et des médecins qui sont dans la psychose à cause de cette situation de guerre, mais nous continuons la sensibilisation et toutes les approches qui étaient déjà déployées dans la zone de santé de Miti-Murhesa, mais le problème n’est pas résolu », déclare Serge Munyahu Cikuru à SciDev.Net.
Expansion de l’épidémie
Pour Marie Migani Muganza, team leader de la thématique santé au sein du Bureau de coordination de la société civile du Sud-Kivu, ce climat d’insécurité pourrait favoriser l’expansion de l’épidémie au Sud-Kivu. Elle dénonce la cessation brusque des différents soins en faveur des patients atteints de Mpox dans les zones sous occupation du M23.
« Cette situation a bloqué plusieurs initiatives visant à combattre cette épidémie de Mpox qui a déjà arraché la vie de plusieurs membres de nos familles. À ce problème sécuritaire s’ajoutent les difficultés liées à la logistique », précise-t-elle.
Elle ajoute que les professionnels de la santé s’efforcent de faire de leur mieux. « Mais nous pensons que si les autorités nationales, en collaboration avec leurs partenaires, ne s’impliquent pas activement pour résoudre ce problème, les professionnels de la santé auront toujours du mal à faire correctement leur travail et l’épidémie continuera à faire des victimes », dit-elle.
Malgré les défis sécuritaires, le PEV de la RDC reste mobilisé contre la propagation de cette épidémie dans le Sud-Kivu, à travers la mise en oeuvre de stratégies de vaccination et la sensibilisation de la population sur l’importance de la vaccination.
Pour atteindre cet objectif, Nanou Yanga, chef de la vaccination contre la Mpox au PEV, invite les populations victimes de la situation socio-sécuritaire à l’apaisement et à faire confiance aux services de santé publique et à leurs partenaires.

