Mille jours de guerre au Soudan: le conflit s’enlise, la communauté internationale en retrait

Le conflit au Soudan dépasse ce week-end le seuil symbolique de mille jours, et pourtant ce pays s’enfonce toujours plus dans une guerre qui s’enlise sans horizon politique visible. La population subit violences meurtrières et déplacements forcés avec des conditions de vie désastreuses. Elle souffre du manque de nourriture, de médicaments, et est ravagée par les maladies. La réponse humanitaire est largement insuffisante en raison des difficultés d’accès. L’absence de perspective de solution politique et la gravité de la situation tiennent autant à l’ampleur des violences qu’à l’absence de réaction internationale sérieuse.
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À la veille de ce malheureux anniversaire, l’ONU a, une nouvelle fois, mis en garde contre une « dynamique de conflit de plus en plus instable et diffuse » et qui reflète « la nature de plus en plus complexe du conflit et son élargissement à des dimensions régionales ».
Cette guerre du Soudan a transformé le pays en « épicentre mondial de la souffrance humaine » selon une expression du secrétaire général de l’ONU. Une guerre « oubliée » par la plupart des médias internationaux, et par les grandes puissances qui n’accordent pas à ce conflit, la même attention qu’à d’autres. Au contraire, plusieurs pays soufflent sur les braises par intérêt économique. Malgré ses déclarations, Washington n’accorde pas à ce conflit l’attention nécessaire et n’exerce pas suffisamment de pressions sur les belligérants et leurs soutiens étrangers, ce qui est indispensable pour changer la donne.
L’armée soudanaise affirme toujours qu’elle continuera la guerre jusqu’à éradiquer les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR). Ces derniers dominent complètement le Darfour et d’importantes parties du Kordofan au sud et à l’ouest du pays. L’armée enregistre actuellement des avancées au Kordofan.
Un quartet inefficace
Le processus de Djeddah, le seul qui a été accepté par les forces gouvernementales prévoyait que les FSR « rendent les armes et sortent des villes » ce qui n’a jamais été appliqué. Toutes les autres initiatives, très nombreuses, pour rapprocher les belligérants ont échoué. Le quartet composé des États-Unis, des Émirats arabes unis, de l’Égypte et de l’Arabie saoudite est inefficace et ne se réunit plus, notamment en raison de la présence des Émirats arabes unis, considérés comme juge et partie.
L’armée voudrait collaborer avec Riyad et Washington uniquement et le blocage demeure. L’armée régulière refuse toujours aussi qu’elle soit mise sur un pied d’égalité avec les paramilitaires alors qu’elle représente l’État.
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Le conflit au Soudan attire les puissances étrangères, qui cherchent à tirer profit des ressources du pays et entretiennent à leur manière la dynamique d’affrontement. Le conflit est alimenté par l’afflux d’armes et de matériel militaire, ainsi que par des réseaux financiers et politiques impliquant plusieurs pays. Les Émirats arabes unis sont particulièrement montrés du doigt par des rapports de l’ONU pour leur implication aux côtés des FSR. Certains observateurs s’interrogent sur la possibilité d’un changement d’alliance en raison des évolutions géostratégiques de la région.
Les développements régionaux dans la Corne d’Afrique et au Yémen d’un côté… le différent désormais public entre Riyad et Abou Dhabi, de l’autre, semblent rebattre les cartes dans la région. L’Égypte dispose d’une marge plus importante pour agir. L’Arabie saoudite est amenée à affirmer une position plus équilibrée au Soudan.
L’Égypte plus menaçante que jamais
Cette semaine, pour la première fois depuis le début de la guerre, Le Caire a haussé le ton et menacé de réactiver l’accord de défense commune le liant à Khartoum. Tout en rappelant les lignes rouges à ne pas franchir comme l’intégrité et l’unité du Soudan, l’Égypte a menacé de s’impliquer militairement aux côtés de l’armée soudanaise.
Par le passé, l’Égypte était officiellement à équidistance des deux parties. Elle a même organisé des discussions au Caire pour sortir de la crise, sans succès. Elle multiplie les messages à l’adresse de son allié libyen, le maréchal Haftar, pour cesser l’acheminement d’armes et de pétrole aux FSR à travers le sud libyen. Le Tchad et la Libye ont joué un rôle central dans l’acheminement d’armes au Soudan et ont été à plusieurs reprises épinglés par des rapports onusiens. Une activité soutenue, mais qui a baissé ces dernières semaines, en raison des pressions.
Plusieurs pays impliqués dans l’acheminement d’armes depuis Abou Dhabi
D’autres pays voisins du Soudan sont impliqués dans l’acheminement de matériels militaires et mercenaires aux FSR, comme le Soudan du Sud, la Centrafrique et l’Éthiopie plus récemment. La Somaliland, jouait le rôle de relais, ce qui indique l’étendu de ce trafic.
L’armée soudanaise tente maintenant de sécuriser ses frontières terrestres, elle a déployé cette semaine son armée et les forces communes à sa frontière est avec l’Éthiopie, dans l’État du Nil bleu. Son aviation a frappé des convois d’armes venant d’Abou Dhabi en passant par l’Éthiopie. Les militaires soudanais accusent Addis-Abeba s’impliquer au Soudan en entrainant des groupes armés sur son territoire.
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