Tunisie: libération de travailleurs humanitaires incarcérés pour aide aux migrants

L’ancienne directrice de Terre d’Asile Tunisie, Sherifa Riahi, ainsi que deux autres salariés de l’ONG et deux élus de la municipalité de Sousse ont été remis en liberté dans la nuit du au 6 janvier 2026 après plus d’un an passé en détention préventive. Accusés d’avoir facilité l’entrée clandestine et l’hébergement de migrants en situation irrégulière, ils ont été condamnés à 2 ans de prison avec sursis lundi, dans un procès emblématique de la criminalisation de l’aide humanitaire.
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Des travailleurs humanitaires de l’ONG française Terre d’asile en Tunisie, jugés pour avoir « facilité l’entrée illégale et le séjour » de migrants, ont été libérés dans la nuit de lundi à mardi, a annoncé le comité de soutien de l’une d’eux. Sherifa Riahi, ancienne directrice de l’ONG, et plusieurs de ses collègues étaient emprisonnés depuis plus de 20 mois.
C’est avec le sourire aux lèvres que Sherifa Riahi a été accueillie à sa sortie de la prison pour femmes de la Manouba par ses proches à une heure du matin, après un procès qui a duré toute la journée de lundi, détaille notre correspondante à Tunis, Lilia Blaise. Sherifa Riahi, qui avait été arrêtée et placée en détention préventive alors que son second enfant n’avait que deux mois, est partie immédiatement retrouver sa famille. « Nous sommes très soulagés, après des mois de calvaire », a déclaré Mustapha Riahi, son frère.
« Je ne regrette rien, je n’ai fait que mon travail », avait affirmé plus tôt Shérifa Rihai, ancienne directrice de la branche tunisienne de l’ONG France Terre d’Asile, devant le juge, lundi 5 janvier, selon ses avocats. Interrogée avec ses collègues, elle a expliqué à la barre avoir « toujours respecté les réglementations tunisiennes » et que les actions menées, par l’association, en faveur des migrants, « se sont faites en conformité avec la loi et avec les conventions signées par l’État tunisien ».
Sa libération, et celle de ses collègues, ont ému la société civile et plusieurs militants ont partagé sur la toile les photos de sa remise en liberté. Comme leurs collègues du Conseil tunisien pour les réfugiés, libérés en novembre dans le cadre d’une autre affaire, la justice a tranché sur des peines légères avec sursis pour avoir facilité l’entrée et le séjour illégal de migrants en situation irrégulière. Pour les défenseurs des droits des migrants, les jugements témoignent de la criminalisation du travail humanitaire et servent d’avertissement aux autres organisations travaillant sur le sujet.
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Une peine de deux ans de prison avec sursis
Shérifa Rihai était accusée, avec d’autres, d’avoir utilisé un fonctionnaire public ou un membre d’une collectivité locale pour procurer, à un tiers, un avantage injustifié, selon le Code pénal, et d’aide directe ou indirecte à un étranger en Tunisie, dans le but de lui faciliter l’entrée, la sortie et la circulation ou bien le séjour irrégulier, selon la loi relative à la condition des étrangers en Tunisie.
Ces chefs d’accusation étaient passibles de dix ans d’emprisonnement. Les salariés de Terre d’Asile risquaient aussi entre un mois et un an de prison pour l’hébergement de personnes entrant clandestinement dans le territoire tunisien ou leur affectation à un lieu d’hébergement, selon la loi relative aux passeports et aux documents de voyage.
Alors que la menace d’un nouveau report pesait sur cette audience, les avocats de la défense ont insisté pour plaider et ont souligné les irrégularités et les dysfonctionnements qui ont entaché la procédure judiciaire.
L’avocat Mahmoud Daoud Yaacoub, membre du collectif de défense de Sherifa Riahi, a déclaré à l’AFP que le tribunal avait prononcé une peine de deux ans de prison avec sursis à l’encontre des accusés détenus, dont Sherifa Riahi. « Demain, nous prendrons connaissance du reste du jugement concernant les accusés en liberté », a-t-il ajouté.
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Enjeux politiques
Joint par RFI, Romdhane Ben Amor, chargé de Communication du Forum tunisien des droits économiques et sociaux, une ONG qui travaille aussi sur la migration, explique les enjeux politiques qui entourent ce procès.
C’est une nouvelle vague de répression envers la société civile qui a eu lieu aujourd’hui et qui a commencé, depuis février 2023, avec le discours raciste du président de la République.
Romdhane Ben Amor, chargé de Communication du Forum tunisien des droits économiques et sociaux



