Ile Maurice: Rinda Schoombee – «Il faut traiter l'IA comme un membre à part entière de son équipe»

À l’ère du digital et de l’intelligence artificielle (IA), les métiers de l’audit connaissent une profonde transformation. L’analyse de données massives, les outils collaboratifs et les solutions cloud modifient la manière dont les professionnels collectent, interprètent et vérifient les informations financières. Pour mieux comprendre ces évolutions et leur impact sur la pratique quotidienne, nous avons interrogé Rinda Schoombee, experte en Digital Audit Transformation et Product Owner chez CaseWare Africa, division Adapt IT, basé en Afrique du Sud.
Que signifie pour vous cette transformation digitale dans le monde de l’audit ?
Selon moi, la transformation digitale doit aller plus loin que le simple passage des feuilles imprimées aux PDF : il s’agit avant tout de trouver des moyens pour que la technologie simplifie nos tâches quotidiennes. Par exemple, au lieu de continuer à envoyer des e-mails figés, nous pouvons aujourd’hui collaborer sur un document à travers le cloud.
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Les nouveaux outils analytiques nous permettent également d’obtenir des analyses pointues en quelques clics alors qu’autrefois, nous devions jongler avec des tonnes de données pour arriver au même résultat. En ce sens, l’IA s’est révélée être un assistant digital extraordinaire qui nous permet de nous concentrer sur ce qui donne de la valeur ajoutée à notre travail. Je pense que c’est ce que nous devons attendre d’une véritable transformation digitale.
Comment l’IA changet-elle aujourd’hui la façon dont les auditeurs collectent, analysent et interprètent les données ?
L’IA change la donne avant même que nous ne commencions à collecter des données. Elle peut notamment nous aider à chercher des informations cohérentes et pertinentes. À mon sens, il faut traiter l’IA comme un membre à part entière de son équipe : nous lui donnons des instructions, elle effectue son analyse et nous passons en revue les résultats.
C’est un point de départ solide qui nous fait gagner beaucoup de temps, et permet d’identifier des schémas et dissonances éventuelles dans les données. Les audits s’en trouvent améliorés et la charge de travail des auditeurs amoindrie, ce qui fait qu’ils peuvent se concentrer sur ce qu’ils font le mieux. Nous pouvons ainsi obtenir des audits et des résultats financiers plus précis. L’IA peut améliorer la qualité et l’efficacité des audits. Ce sont, selon moi, les deux principaux atouts de l’utilisation de l’IA dans notre métier.
Peut-on dire que la digitalisation rend l’audit plus proactif que rétrospectif ?
Absolument. Dans le monde de l’audit, nous intervenons après les faits pour identifier un problème. Mais maintenant, avec les nouvelles technologies, nous sommes en mesure d’identifier les problèmes en amont et de suggérer des moyens de les éviter avant qu’ils n’arrivent. Le fait que les machines soient aujourd’hui capables d’analyser rapidement des montagnes de données nous permet de conserver le tempo du business. Avec l’addition des compétences et de la perspicacité des professionnels, l’audit se transforme lentement en un formidable instrument stratégique pour l’avenir.
L’utilisation de l’IA suscite aussi des inquiétudes. Risque d’erreurs, perte de jugement humain… Comment trouver le bon équilibre entre technologie et expertise professionnelle ?
L’IA doit être au service de l’humain et non le remplacer. C’est un outil formidable pour interpréter des données, mais rien ne peut recréer l’intuition, le savoir-faire et l’expérience du métier d’un professionnel. Les humains peuvent faire des connexions dont les machines sont tout simplement incapables. Je pense qu’il s’agit avant tout de trouver un équilibre : utiliser les capacités de l’IA pour effectuer notre travail routinier, certes, mais tout en conservant le jugement et l’esprit critique des professionnels. La transformation digitale est impossible si vos collaborateurs ne font pas confiance aux nouveaux outils ou s’ils ne les comprennent pas. Pour éviter de tels écueils, il faut proposer des formations continues ainsi qu’une communication claire et transparente.
L’analyse de données massives («data analytics») devient centrale dans les processus d’audit et l’élaboration des rapports financiers. Quelles compétences les auditeurs doivent-ils désormais maîtriser pour rester pertinents ?
Je dirais que nous devons apprendre à devenir multitâches. Il faut se renseigner sur la science des données, apprendre à donner des instructions claires (le prompt) et avant tout, avoir un esprit ouvert et curieux. Être capable de résoudre des problèmes reste essentiel car la technologie n’est utile que si vous savez poser les bonnes questions et si vous êtes en mesure d’en tirer les connaissances dont vous avez besoin.
En tant que spécialiste basée en Afrique du Sud, comment percevez-vous la progression de la transformation digitale de l’audit sur la région, notamment à Maurice ?
De nos jours, la digitalisation est partout, même s’il est toujours assez rare d’observer une transformation digitale complète. J’ai toutefois pu constater une hausse remarquable dans l’utilisation des nouveaux outils d’analyse de données. L’île Maurice fait partie des centres financiers africains les plus proactifs au niveau de la stratégie de digitalisation. Tout le monde est impliqué dans cette transformation, qu’il s’agisse du gouvernement, des entreprises privées, des institutions publiques ou encore du secteur des services financiers.
Quels enseignements ou bonnes pratiques d’autres pays pourraient inspirer Maurice dans cette transition vers un audit et une comptabilité numérique ?
Maurice pourrait accélérer davantage sa digitalisation en faisant des solutions cloud pour la compatibilité une priorité afin de favoriser l’accessibilité et l’évolutivité des comptes des entreprises. Il est crucial de permettre aux professionnels de comprendre les fondements de l’analytique et de l’automatisation, sans oublier les techniques d’extraction de données et la lecture générale des analyses. Pour parvenir à cet objectif, la transformation digitale doit être effectuée étape par étape, de façon réaliste. L’engagement des différentes parties prenantes est également crucial, tout comme l’établissement d’une vision claire tout au long de l’opération. Le but est de permettre aux métiers de l’audit et de la comptabilité d’évoluer en harmonie avec les progrès de la technologie.

