Ile Maurice: Jin Tang – «Des progrès significatifs dans les capacités de raisonnement de l'IA»

Du haut de son expérience académique et industrielle, l’expert en intelligence artificielle et professeur à la Central South University en Chine, Jin Tang, porte un regard mesuré sur les ambitions de Maurice en matière d’intelligence artificielle (IA).

Anticipez-vous des percées majeures de l’IA au cours des 12 à 24 prochains mois auxquelles Maurice devrait se préparer, et lesquelles en particulier ?

L’IA évolue à un rythme très rapide et il est, par nature, difficile de prédire avec certitude les percées majeures à venir. Si je devais formuler une prédiction prudente, je dirais que nous pourrions assister, dans un avenir proche, à des progrès significatifs dans les capacités de raisonnement de l’IA. Toutefois, je ne pense pas que Maurice doive se concentrer excessivement sur l’anticipation de ces percées en elles-mêmes. Ce qui importe davantage, c’est la manière dont ces avancées seront traduites en applications pratiques après leur émergence. Se focaliser sur l’adoption post-percée et sur les cas d’usage concrets correspond davantage aux réalités et aux besoins actuels de développement du pays.

Pensez-vous que certains secteurs pourraient connaître une automatisation de plus de 30 % des tâches à court terme ?


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Oui, je m’attends à ce que le niveau d’automatisation des tâches dans certains rôles puisse dépasser 30 %, en particulier pour les activités hautement répétitives et procédurales, telles que l’administration publique, le travail administratif, les services juridiques et l’éducation.

Voyez-vous de nouvelles chaînes de valeur de l’IA viables pour une économie insulaire que Maurice devrait prioriser ?

Maurice dispose déjà d’un niveau relativement élevé de développement social et économique. Par conséquent, certaines activités économiques liées à l’IA qui peuvent convenir au continent africain ne sont pas nécessairement adaptées à Maurice. De plus, de nombreuses activités de la chaîne de valeur de l’IA peuvent être réalisées presque partout dans le monde et ne sont pas propres aux petites économies insulaires. Cela dit, le traitement automatique des langues locales demeure toujours un domaine pertinent et réaliste à développer.

Pourriez-vous recommander trois «quick wins» en matière d’IA que Maurice pourrait déployer de manière réaliste dans un délai de six mois, ainsi que des indicateurs clés de performance (KPI) et/ou des fourchettes budgétaires indicatives ?

Premièrement, les systèmes de télédétection par drones. Grâce à l’utilisation de véhicules aériens sans pilote (UAV) équipés de caméras et de capteurs, ces plateformes peuvent surveiller et transmettre en temps réel des informations terrestres et maritimes. Cela inclut, sans s’y limiter, les flux piétons et de trafic, les ravageurs et maladies des cultures, les conditions de sécheresse et d’inondation, les risques géologiques, l’alerte précoce aux incendies de forêt, l’assistance humanitaire, l’orientation touristique et l’estimation des rendements agricoles. Le budget dépend de la couverture géographique et de l’éventail des fonctionnalités requises. Une estimation raisonnable se situe entre 300 000 USD et 2 millions USD.

Deuxièmement, les systèmes d’automatisation des processus robotisés (RPA). La RPA est une technologie qui automatise les tâches répétitives et fondées sur des règles en simulant l’interaction humaine avec les systèmes informatiques. Souvent décrites comme des «travailleurs numériques», les solutions RPA peuvent gérer efficacement des tâches telles que la saisie de données, le traitement de documents et les opérations système, sans nécessiter de modifications majeures des systèmes informatiques existants. La RPA peut être largement appliquée à de nombreuses fonctions, notamment la finance, les ressources humaines, le service client et la gestion de la chaîne d’approvisionnement. Dans la finance, ces outils permettent notamment le rapprochement automatique des factures et la génération de rapports, réduisant les délais de traitement et les risques d’erreur.

Dans les ressources humaines, ils facilitent la présélection des CV ainsi que la saisie et la mise à jour des données des employés. Du côté du service client, l’automatisation prend en charge la gestion des questions fréquentes et l’envoi de notifications, améliorant la réactivité et la qualité de la relation usager. Enfin, dans la chaîne d’approvisionnement, ces systèmes contribuent à une gestion plus efficace des stocks et au suivi en temps réel des commandes. Le budget dépend de la taille du département ou de l’organisation ainsi que de l’étendue fonctionnelle requise et est estimé entre 200 000 USD et 1,5 million USD.

Troisièmement, les systèmes intelligents de gestion des contrats. Ces systèmes couvrent l’ensemble du cycle de vie des contrats, de la rédaction et de la revue jusqu’à l’exécution et l’archivage, grâce à une intégration étroite avec les processus métier. Ils peuvent, par exemple, proposer des modèles de contrats standardisés pour une rédaction en un clic, faciliter des revues juridiques rapides, générer automatiquement des résumés contractuels et des évaluations des risques financiers, et permettre aux décideurs d’accéder rapidement aux informations clés des contrats afin de soutenir une prise de décision fondée sur des données probantes. Le budget dépend du nombre et des types de contrats concernés et est estimé entre 100 000 USD et 1 million USD.

À propos

Jin Tang est professeur à la Central South University (Chine) depuis 2005. Il a obtenu une licence (B.Sc.) en mécanique à l’Université de Pékin en 1987, puis un master (M.Sc.) en mécanique des solides au sein de la même institution en 1990, avant de soutenir un doctorat (Ph.D.) en reconnaissance de formes et systèmes intelligents à la Central South University en 2002. Spécialiste de la vision par ordinateur et de l’IA, ses travaux de recherche couvrent notamment l’analyse d’images, les systèmes intelligents et les applications industrielles de l’IA. Auteur de plus de 100 publications scientifiques dans des revues et conférences internationales de référence, il dirige une équipe de recherche fortement engagée dans des partenariats avec le secteur privé. Ces collaborations portent sur le développement, l’optimisation et la mise en oeuvre de solutions technologiques destinées à des usages concrets. Plusieurs de ses contributions scientifiques ont ainsi été transférées vers l’industrie et déployées à l’échelle opérationnelle, générant des retombées économiques et sociales mesurables.

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