Libye: plus d’une semaine après la mort de trois hauts officiers, la polémique persiste

La mort du général Mohamad Al-Haddad, chef d’état-major libyen, et de deux de ses officiers continue à susciter la polémique en Libye, plus d’une semaine après. Le crash a eu lieu le 23 décembre dernier près d’Ankara, en Turquie, 40 minutes après le décollage. Leur appareil était un Falcon 50, loué à une société basée à Malte. Ces hauts responsables militaires rattachés aux autorités de l’Ouest libyen, reconnues par la communauté internationale, étaient sur le chemin du retour après leur visite à Ankara, et après y avoir mené des discussions sécuritaires. Le gouvernement d’Abdelhamid Dbeibah est fortement critiqué pour sa façon de gérer le dossier et pour les conditions sécuritaires du déplacement de ces hauts responsables militaires.

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L’avion a été affrété auprès d’Harmony Jets, une compagnie basée à Malte, ce qui est  décrié par plusieurs responsables libyens. « Pourquoi louer des avions à l’étranger alors que l’État libyen possède ses propres avions pour les officiels ? », s’interrogent-ils.

Pour l’ancien Premier ministre Fathi Bachagha : ce fait « constitue une faille sécuritaire grave ». Selon lui, « les conditions sécuritaires pour effectuer ce déplacement en Turquie n’étaient pas réunies ». Le refus de l’Allemagne et d’autres pays d’examiner les boîtes noires de l’appareil « sont des signes inquiétants », insiste-t-il. Au lendemain du crash, Ankara avait annoncé que l’examen des enregistreurs de vol serait confié à un « pays neutre » en citant l’Allemagne. Selon Fathi Bachagha, le gouvernement de Tripoli était complètement absent et « n’a pas su gérer cette crise ».

Le gouvernement Dbeibah n’a pas ouvert d’enquête et n’a pas désigné non plus de comité pour rechercher les raisons de cet incident tragique qui a tué trois des plus hauts responsables militaires de Tripoli. Ce gouvernement ne communique pas sur les informations en sa possession pour faire taire les rumeurs et les doutes.

Certaines sources avaient évoqué un différend entre le chef d’état-major Al-Haddad et le Premier ministre Dbeibah sur le renouvellement de la présence militaire et sécuritaire turque en Libye pour deux années supplémentaires. Al-Haddad s’y était opposé et c’était la raison de son déplacement en Turquie. Samedi dernier, lors des obsèques des militaires, Dbeibah s’est limité à expliquer que « les vacances de fin d’année en Europe retardent l’examen de la boîte noire ».

Des soldats patrouillent tandis que les opérations de recherche et de sauvetage se poursuivent sur le site du crash d'un jet privé à destination de la Libye, transportant le chef d'état-major libyen, le général Mohamad Al-Haddad. L'épave a été retrouvée à 2 kilomètres au sud du village de Kesikkavak, dans le district de Haymana, à Ankara, le 24 décembre 2025.
Des soldats patrouillent tandis que les opérations de recherche et de sauvetage se poursuivent sur le site du crash d’un jet privé à destination de la Libye, transportant le chef d’état-major libyen, le général Mohamad Al-Haddad. L’épave a été retrouvée à 2 kilomètres au sud du village de Kesikkavak, dans le district de Haymana, à Ankara, le 24 décembre 2025. AFP – ADEM ALTAN

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Conséquences et risques

Le général Al-Haddad était considéré comme une figure emblématique de la Libye, le symbole de la souveraineté nationale. Il avait œuvré sans relâche pour l’unification des institutions militaires et civiles libyennes, ainsi que pour la paix et la stabilité du pays.

Les conséquences de sa disparition pourraient s’avérer graves. Cela rend le gouvernement de Tripoli plus vulnérable et jette un voile de profonde incertitude sur la situation libyenne.

Selon plusieurs responsables politiques toutes appartenances confondues, Mohamad Al-Haddad bénéficiait d’une grande influence et d’un important poids militaire dans le pays. Son absence pourrait en conséquence s’avérer néfaste pour la stabilité ainsi que pour l’équilibre militaire, non seulement entre Est et Ouest libyen, mais aussi entre les différentes milices et factions basées à l’Ouest.

« Il sera difficile de trouver un homme de son calibre », a dit à l’AFP un activiste politique à Tripoli. Mohamad Al-Haddad était un homme « qui plaçait l’intérêt national au premier plan », indiquait la Manul, la Mission d’appui de l’ONU en lui rendant hommage.

Le général Al-Haddad jouissait en effet d’une grande popularité tant à l’Est qu’à l’Ouest libyen, son rôle était déterminant pour l’unification des institutions et il est l’une des rares personnalités qui ont renoué un dialogue direct avec le maréchal Haftar, l’homme fort de l’Est libyen.

Il s’opposait également aux ingérences étrangères et militait pour la réconciliation nationale. Sa disparition crée un vide, surtout en ce moment délicat pour la Libye. Elle accentue également les fragilités institutionnelles et sécuritaires, et pourrait redonner au maréchal Haftar l’envie d’envisager une nouvelle initiative militaire à Tripoli. Elle ouvre aussi la porte à plus d’ingérences étrangères.

La prorogation du mandat turc divise actuellement la scène politique libyenne. Mais Ankara cherche à préserver ses intérêts. Elle soigne ses ambitions géopolitiques dans la région. Et elle n’est pas la seule.

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