Centrafrique: après des élections dans le calme, place au dépouillement en attendant les résultats

Alors que les Centrafricains ont participé aux élections générales dimanche 28 décembre, le dépouillement a débuté à l’heure convenue dans la majorité des bureaux de vote. Le scrutin s’est globalement déroulé sans incident majeur dans la plupart du territoire, selon les observateurs et comme salué par de nombreux électeurs. D’autres ont exprimé leur mécontentement, dénonçant plusieurs irrégularités, ainsi que des retards enregistrés au démarrage des opérations, liés notamment à des difficultés d’acheminement du matériel électoral.
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Personnel en retard, matériel non livré, listes non affichées, le démarrage du quadruple scrutin s’est fait avec un certain retard, parfois de plus d’1h30, constate notre envoyé spécial à Bangui, François Mazet. Tout au long de la journée, sont parvenus des échos de dysfonctionnements sporadiques : des bulletins absents, des tentatives d’achat de votes, des non-respects de procédure, des électeurs qui ne se trouvent pas sur la liste électorale, et dans le sud-est du pays, la pression de la milice zandé avec notamment l’enlèvement de la sous-préfète et d’un agent électoral à Bambouti.
Toutefois, pour les Centrafricains, l’essentiel était une élection pacifique. Cela a été le cas, dans un climat incomparable avec les précédentes, tenues dans des moments de très forte tension sécuritaire. « Ce pays revient de loin », glissaient souvent les électeurs. Les quatre scrutins concomitants ont suscité des interrogations, ralenti le déroulement des opérations, et l’affluence a été modérée, voire faible, selon le réseau Arc-en-ciel de la société civile.
Les résultats sont consignés sur des procès-verbaux officiels, enregistrés et signés. Ils sont ensuite transmis à l’Autorité nationale des élections (ANE), qui devrait publier les résultats provisoires dans un délai inférieur à dix jours. Aucun chiffre n’a pour le moment été communiqué et l’ANE a dénoncé dimanche soir « la diffusion de fausses statistiques et de prétendus résultats ». Les chiffres de participation ne sont pas connus non plus, mais les observateurs de la société civile ont jugé « faible » l’affluence générale.
Jusqu’ici, aucun des candidats ne s’est exprimé. Seule la coalition qui regroupe les associations de soutien au président Touadéra, mais qui n’est pas sa campagne officielle, a publié ce lundi matin un communiqué pour saluer la « réussite » d’un vote « dans la dignité ». Les opposants Dondra et Dologuélé avaient déjà en amont remis en cause la transparence du processus, demandant en particulier la révocation d’une haute cadre de l’ANE.
Les Centrafricains divisés sur le déroulement du vote
À la tombée de la nuit, au-dessus de l’école de Lakouanga, un quartier proche du centre-ville, des jeunes contestent l’impossibilité de suivre le dépouillement. Casquette sur la tête, Hervé observe de loin : il est très fier d’avoir exercé son devoir civique. « Cela s’est bien passé, on a vu que les gens ont bien voté, il y a même pas d’embuscade, il y a même pas de bagarre, note le Centrafricain. Je suis vraiment fier de venir voter parce que je suis citoyen de mon pays. Je dois voter. Ma priorité est que la personne qui doit être élue travaille bien pour les citoyens, parce qu’ils lui ont fait confiance pour qu’on la mette là-bas. »
Raphaël n’a pas la même appréciation : il a voté, mais n’est pas satisfait. « Ce n’était pas comme on veut, mais on a fait quand même le devoir civique. Les gens ne se sont pas déplacés. Vous voyez, le comportement du pouvoir, qui n’arrive pas à laisser l’espace à d’autres personnes, si bien que les gens sont découragés. Les gens sont fatigués de cela », déplore-t-il.
Béranger a relevé des dysfonctionnements. Il a perdu confiance et a décidé de s’abstenir en solidarité avec ceux qui n’ont pas pu voter. « Pour le moment, tout ce qu’on a constaté, c’est qu’il y a pas mal de gens qui ont les cartes et leurs noms ne figurent pas sur la liste. Donc, ces gens ne peuvent pas voter. Cela fait combien, en nombre ? Et ce n’est pas seulement ici, c’est partout ! », s’insurge Béranger, qui ajoute que ce scrutin est « très mal organisé. Ces gens qui sont là, ils ne prennent même pas le temps de relever les requêtes. »
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Un dépouillement étalé sur plusieurs heures
Le centre de vote du lycée Barthélémy Boganda, dans le quatrième arrondissement de Bangui, est sans électricité. Seules les lampes torches et les lumières de téléphones éclairent la pièce, précise notre correspondant à Bangui, Rolf Steve Domia-leu. Le président du bureau de vote numéro 6 donne le ton et le dépouillement peut commencer. L’urne est ouverte sous le regard attentif des observateurs et des représentants de partis politiques. Une à une, les urnes sont vidées et les bulletins étalés sur une table.
Dans ce centre de vote, le dépouillement s’est déroulé sans incident. Angelo estime que le scrutin a été bien organisé. « Je trouve que tout s’est bien déroulé : les agents électoraux étaient bien organisés, ils nous expliquaient calmement les étapes, et j’ai pu voter sans attendre trop longtemps. On sentait que chacun pouvait faire entendre sa voix de manière sereine », explique-t-il.
Le dépouillement s’est étalé sur plusieurs heures, de 18h jusqu’à 22h, voire 23h dans certains bureaux de vote ayant accusé un retard au démarrage. Selon Aron, le déroulement du scrutin n’a pas été satisfaisant. « Franchement, je ne suis pas confiant dans ce scrutin. Les listes des électeurs ne sont pas complètes, assure-t-il. Dans certains bureaux de vote, il n’y a pas d’observateurs. Le processus est mal préparé et ça remet en cause la crédibilité du scrutin. »
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