Bénin: Les ressorts d'une résilience démocratique renforcée depuis une décennie

La tentative de coup d’État du 7 décembre 2025 a mis à l’épreuve la solidité du modèle béninois. La réaction immédiate des institutions, des forces de sécurité et de la société civile, puis la mobilisation du 13 décembre à Cotonou, illustrent la profondeur d’un ancrage démocratique renforcé depuis 2016.

Loin d’être le fruit du hasard, cette résilience s’appuie sur une trajectoire institutionnelle, administrative et sécuritaire dont les effets cumulés ont créé un environnement moins perméable aux aventures politiques et aux déstabilisations extérieures.

Un cadre institutionnel clarifié et une culture républicaine mieux ancrée


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Depuis 2016, le Bénin a engagé un cycle de réformes qui ont progressivement stabilisé le fonctionnement de ses institutions. La révision constitutionnelle de novembre 2019 a consolidé les garde-fous de la République, réaffirmant en particulier la limitation des mandats présidentiels à un maximum intangible. Dans une région marquée par les prolongations de mandats, cette clarification a constitué un signal politique important. Le choix du chef de l’État, confirmé à plusieurs reprises entre 2023 et 2025, de ne pas solliciter de nouveau mandat en 2026, a donné une traduction pratique à cet engagement, réinstallant l’idée d’alternance comme norme plutôt qu’exception.

Le cadre électoral a lui aussi évolué vers davantage d’inclusion, notamment avec l’introduction de vingt-quatre sièges réservés aux femmes à l’Assemblée nationale. Les élections législatives de janvier 2023 ont renforcé leur présence, diversifiant la représentation parlementaire et consolidant la légitimité du processus démocratique. L’adoption, à l’automne 2025, du principe de création d’un Sénat, dont l’installation est prévue en 2026, approfondit encore la logique d’équilibre institutionnel en multipliant les espaces de délibération.

Cette architecture rénovée se conjugue à une culture démocratique vivante. La réaction de la société civile après le 7 décembre, relayée par des voix reconnues comme celle de Marie-Cécile Zinsou, témoigne d’une appropriation collective des principes républicains. La démocratie demeure perçue comme un bien commun à préserver, non comme un simple dispositif institutionnel.

Transparence accrue, modernisation administrative et soutien international

La consolidation démocratique béninoise s’est accompagnée d’une transformation en profondeur de l’administration publique. Depuis 2016, les mécanismes de contrôle des finances publiques se sont renforcés, en particulier avec la montée en puissance de la Cour des comptes dans les années 2020. La traçabilité des dépenses, la réduction des zones d’opacité et une gestion budgétaire plus prévisible ont nourri un climat institutionnel plus stable.

La numérisation des services publics, engagée dès 2018 avec le Code du numérique puis accélérée après 2020, a considérablement modifié la relation entre les citoyens et l’administration. Les procédures dématérialisées ont réduit les risques d’arbitraire, amélioré la rapidité des démarches et accru la transparence. Des partenaires tels que la Belgique, l’Union européenne ou le PNUD ont salué ces progrès, en soulignant régulièrement que la solidité de l’État béninois constitue un facteur de résilience face aux tentatives de déstabilisation.

Ce mouvement s’accompagne d’un environnement sécuritaire globalement maîtrisé malgré les tensions régionales.  Plusieurs analyses, notamment du think tank IPSA Afrique, rappellent que, malgré des incidents localisés à Banikoara ou le long de la frontière, le Bénin a évité jusqu’ici les dynamiques d’effondrement sécuritaire observées ailleurs dans la sous-région. La politique de décentralisation, la présence accrue de l’État dans les communes frontalières et les projets de développement local jouent un rôle structurant dans cette prévention.

Des forces de sécurité professionnalisées et une société civile plus vigilante

Le rôle des forces de sécurité dans l’échec de la tentative de putsch du 7 décembre a été central. Depuis 2016, l’armée et la Police républicaine ont connu une transformation profonde : réorganisation des chaînes de commandement, recrutements massifs, renforcement de la formation et clarification doctrinale autour de l’obéissance stricte au pouvoir civil. La fin de formation de 1 785 nouveaux policiers à Bembéréké illustre cette montée en capacité. Les incidents relevés par certains médias et ONG ont suscité des ajustements internes et un discours public plus ferme de la hiérarchie sur les exigences d’exemplarité.

Les enquêtes Afrobarometer montrent que, malgré quelques préoccupations persistantes, la confiance globale dans la police et l’armée demeure relativement élevée. Cette confiance n’est pas anodine : elle constitue un socle indispensable pour maintenir l’intégrité de l’État dans un environnement régional marqué par les coups d’État militaires.

L’épisode du 13 décembre confirme de son côté le rôle déterminant de la société civile, dont la mobilisation rapide traduit une vigilance démocratique active. Les soutiens spontanés exprimés depuis la diaspora et relayés par divers médias africains soulignent également que la stabilité béninoise est perçue comme un acquis collectif à préserver. C’est donc à la fois la culture démocratique d’un peuple et un État aux institutions fortes qui ont permis de mettre un stop rapide à l’aventure putschiste.

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Charles Agbo est journaliste économique et financier, reconnu pour son expertise sur les enjeux macroéconomiques, la gouvernance publique et les dynamiques du secteur privé en Afrique de l’Ouest. Il intervient régulièrement sur les questions de politiques publiques, d’investissements et de développement économique, avec une approche pédagogique et analytique. À travers ses écrits et ses prises de parole, il contribue à éclairer les décideurs et le grand public sur les transformations économiques du continent.

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