Cameroun: nouvelle audience dans le procès de l'affaire Martinez Zogo, deux nouveaux témoins entendus

Deux hommes de médias ont été appelés à la barre comme témoins du commissaire du gouvernement lors de l’audience de ce mardi 16 décembre dans le procès de l’affaire Martinez Zogo : Paul « Daisy » Biya et Emmanuel Koloko. Régulièrement en contact avec l’animateur radio retrouvé mort en janvier 2023, l’un et l’autre ont aussi été parmi les premiers à avoir relayé des informations sur son décès et sur les sévices qu’il a subis.

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Avec notre correspondant à Yaoundé, Richard Onanena

Une nouvelle audience s’est déroulée, ce mardi 16 décembre, dans le procès de l’affaire Martinez Zogo, du nom de cet animateur radio, ancien patron de la radio Amplitudes FM, retrouvé mort en janvier 2023 au Cameroun.

À cette occasion, deux hommes de médias ont été appelés à la barre comme témoins du commissaire du gouvernement : Paul « Daisy » Biya et Emmanuel Koloko. Régulièrement en contact avec Martinez Zogo, l’un et l’autre ont aussi été parmi les premiers à avoir relayé des informations sur son décès et sur les sévices qu’il a subis.

Lors de son audition, Paul « Daisy » Biya est notamment revenu sur la dernière interview qu’il a réalisée avec Martinez Zogo. Au cours de celle-ci, l’animateur s’était montré particulièrement sévère envers certaines personnalités comme le directeur du cabinet civile de la présidence ou l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga, l’un des principaux accusés dans ce dossier. « Cela donne une idée de l’implication que le ministère public voudrait par rapport à ces deux accusés là », a commenté Maître Ludovic Sabet, l’avocat d’Amplitude FM.

Le tribunal « n’en fait pas assez pour faire éclater la vérité »

Paul « Daisy » Biya a ensuite affirmé que Martinez Zogo lui avait remis des documents compromettants visant Jean-Pierre Amougou Belinga et qu’ils auraient été transmis à Bruno Bidjang, un proche de l’homme d’affaires. « Pourquoi, à cet instant précis, a-t-il provoqué une conversation sur WhatsApp avec Bruno Bidjang ? Quelqu’un de raisonné peut-il planifier l’assassinat d’une personne et publier cette planification ? C’est absurde ! », a déclaré à ce propos Maître Christophe Tchudjo, l’un des avocats de Jean-Pierre Amougou Belinga.

Avocat de l’État du Cameroun, Maître Claude Assira estime pour sa part que ces éléments « n’apportent rien au dossier » et que le tribunal « n’en fait pas assez pour faire éclater la vérité ». « Il y a des témoins qui viennent simplement faire du bavardage. Je n’ai pas le sentiment que tout ait véritablement été mis en œuvre pour obtenir la manifestation de la vérité. Et je pense que la vérité, malheureusement, a tendance à s’éloigner et à s’étioler avec le temps », a notamment affirmé ce dernier.

Le procès reprendra au mois de janvier prochain avec l’objectif de tenir deux audiences par mois. Plus de 30 témoins sont encore attendus à la barre.

Retour sur l’affaire Martinez Zogo

Le 22 janvier 2023, au matin, les Camerounais apprennent la découverte du corps sans vie de Martinez Zogo – Arsène Salomon Mbani Zogo de son vrai nom -, animateur d’une émission de radio très populaire à Yaoundé. Il avait 51 ans, une femme, des enfants…Tous les matins, en semaine, dans son émission « Embouteillages », il invectivait, dénonçait, vitupérait contre les maux de la société camerounaise et contre les puissants, à l’exception du président, Paul Biya, qu’il encensait.

Enlevé le 17 janvier, dans la soirée, il est retrouvé sans vie, nu sur un terrain à 25 kilomètres environ de la capitale, portant des traces de sévices.

En fermant l’information judiciaire, le colonel-magistrat, Pierrot Narcisse Nzie, troisième juge d’instruction militaire en charge de l’enquête, a renvoyé en instance de jugement dix-sept accusés, tous détenus. Parmi eux : l’ancien patron de la DGRE (le service de contre-espionnage camerounais), Léopold Maxime Eko Eko, le lieutenant-colonel Justin Danwe, ancien directeur des opérations à la DGRE, le patron du groupe de presse L’Anecdote, Jean-Pierre Amougou Belinga, et l’édile Stéphane Martin Savom, cadre administratif et maire de Bibey, commune de la région Centre du Cameroun.

Resté longtemps enlisé dans des questions de procédure, le procès pour assassinat, torture, enlèvement et séquestration de l’affaire Martinez Zogo s’est ouvert le lundi 25 mars 2024 au tribunal militaire de Yaoundé. Les débats sur le fonds ont commencé le 1er septembre 2025. Le corps de Martinez Zogo est toujours à la morgue.

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