1. Une double rédemption (2006-2007)

Tout commence par la rencontre improbable de deux hommes aux destins cabossés : Camille Louvel et Victor Démé. Le premier est un jeune fêtard français, désireux de s’écarter des dangers des rave parties, qu’il a largement éprouvées en Europe. Après un tour du monde, il trouve la quiétude en posant ses valises au Burkina Faso, le « pays des hommes intègres ». Le second est un chanteur de cabaret originaire de Bobo-Dioulasso. Il a depuis longtemps noyé ses ambitions dans le chapalo, la bière de mil locale dont il s’enivre tous les soirs. Leur rencontre donne naissance à une amitié inattendue, ayant pour toile de fond le studio d’enregistrement que Camille a bricolé au milieu d’une casse de camion à Ouagadougou. Lorsque David Commeillas, alors journaliste pour Radio Nova, se rend au Burkina Faso, il fait la connaissance des deux protagonistes. Il découvre leurs premières maquettes, amorçant ainsi une collaboration aux allures d’extraordinaire aventure humaine et musicale…

Au croisement des destins et des cultures, cet épisode revient sur la rencontre déterminante entre Victor Démé, chanteur burkinabè à la voix exaltante, et Camille Louvel, jeune Français en quête de sens. Ensemble, ils vont façonner bien plus qu’un album : une aventure humaine qui changera leur vie, marquera l’histoire de la musique ouest-africaine et fera briller le blues mandingue aux oreilles du monde.

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Derrière le succès mondial de la chanson « Djon’maya », le public ignore que Victor Démé était à la rue avant d’enregistrer son premier disque. Hébergé presque par hasard au sein du studio indépendant Ouaga Jungle, il trouve enfin un lieu pour créer, enregistrer et se reconstruire.

Avoir un lieu où tu peux manger à midi, te poser à l’ombre pour la sieste et enregistrer, et même dormir quand tu viens d’un peu loin, c’est pas du luxe, mais c’est déjà opérationnel.  – Camille Louvel, ami et co-producteur de Victor Démé.

Des cabarets de Ouagadougou à l’aventure Ouaga Jungle

Le cœur de cet épisode explore la trajectoire de Victor Démé, du statut d’artiste de cabaret à la reconnaissance internationale. Loin des circuits classiques, la vie de Victor bascule lorsqu’il croise la route de Camille Louvel, alors jeune voyageur venu ouvrir un bar associatif à Ouagadougou, puis une résidence d’artistes. Peu à peu, la singularité de Victor s’impose : ses compositions originales, portées par la langue dioula, et son rapport viscéral à la musique séduisent ceux qui l’écoutent. Il aime tout jouer : le blues, le folk, la salsa, la musique traditionnelle dioula, mossi, l’afropop… et intègre des instruments traditionnels tels que la kora ou le balafon à ses compositions.

Chez moi, si un enfant est vraiment voyou, délinquant, il faut l’envoyer à l’école de musique. Ça va lui changer les idées et puis ça va le calmer. […] Ça t’amène dans une autre planète où il n’y a pas la méchanceté. – Victor Démé.

Mais la précarité, la tentation de l’alcool et le manque de ressources matérielles fragilisent chacune des étapes nécessaires à la production d’un album. L’enregistrement du premier album est d’ailleurs un pari fou, financé par quelques centaines d’euros, mais porté par la conviction qu’il existe là une voix unique pour raconter le Burkina Faso d’hier et d’aujourd’hui.

Amitié, transmission et résilience

Au fil des échanges, l’épisode met en lumière la dimension fraternelle de cette aventure.

Nous avons décidé de travailler avec la confiance. C’est comme ça entre Camille et moi. Il me fait confiance et je lui fais confiance. Et nous ne sommes plus des amis, nous sommes des frères. – Victor Démé.

Ce lien, fondé sur le respect et l’écoute, agit comme un levier de rédemption pour deux hommes à la croisée des chemins. On découvre comment la musique devient un espace de réparation et d’émancipation, à la fois personnel et collectif. L’histoire d’amitié entre Victor et Camille met également en lumière les conditions de production artistiques en Afrique de l’Ouest au début des années 2000, la force des réseaux informels, et la circulation des styles musicaux de Ouagadougou à Abidjan.

Avec : 

Camille Louvel, ami et co-producteur de Victor Démé 

Victor Démé (archives) 

Extraits musicaux :  

Djon’maya – Victor Démé (Chapa Blues Records)

Deni Kemba – Victor Démé (Chapa Blues Records)

Tungan – Victor Démé (Chapa Blues Records)

Deni Moukela – Victor Démé (Chapa Blues Records)

Sira (version maquette) – Victor Démé  (Chapa Blues Records)

Sabu (version maquette) – Victor Démé (Chapa Blues Records)

Le fils intègre – Obscur Jaffar (Le Truc Mécanique)

Juguya – Baba Commandant & The Mandigo Band (Sublime Frequencies)

Écriture : David Commeillas

Coréalisation : Simon Decreuze

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